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Hassen Chalghoumi entre deux feux

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La manière dont les islamistes, sortis partout grands vainqueurs des révolutions arabes, gouvernent les pays tombés sous leur coupe , est en train de mettre fin aux espoirs placés dans une « démocratie islamiste ». Non celle-ci ne sera pas l’équivalent de nos anciennes « démocraties chrétiennes ». Comme l’analyse fort bien le professeur Bassam Tibi , cet intellectuel né en Syrie et devenu un des principaux penseurs de la place de l’islam en Europe – il est hélas très méconnu en France, où son œuvre n’est pas traduite :

« Les islamistes jouent un double jeu : envers l’extérieur, ils tiennent un discours libéral, conciliant et démocratique, mais en interne, ils sont résolus à instaurer un Etat basé sur la charia. Mais hélas, la charia et la démocratie sont aussi incompatibles que l’eau et l’huile . Si dans une démocratie, des mouvements non démocratiques sont intégrés, il ne faut jamais les laisser prendre le pouvoir, comme cela se passe en Turquie – officiellement, une démocratie dont le gouvernement est élu, mais en réalité dont le parti au pouvoir, l’AKP, n’est pas du tout démocratique et qui dirige le pays comme un Etat à parti unique. Résultat : actuellement, 163 journalistes sont en prison sans jugement. »

Le comportement d’Ennahda en Tunisie, des Frères Musulmans en Egypte , démontre chaque jour un peu plus que l’agenda religieux caché des islamistes n’est compatible ni avec l’égalité entre les sexes, ni avec les libertés de conscience et d’expression, ni avec le pluralisme idéologique et politique. Et cette fois, il ne s’agit pas d’une poignée de jeunes exaltés qui jouent au jeu dangereux de la guerre entre civilisations et du « djihad par le glaive » contre les mécréants ou les croisés. Nous avons affaire à des réseaux extrêmement puissants, comptant des centaines de milliers d’affidés, sponsorisés à coups de pétrodollars par les monarchies du Golfe et qui disposent de solides relais dans nos pays européens.

D’où le caractère historique de la lutte feutrée qui se déroule, au sein des populations musulmanes, ici et maintenant , entre les tenants d’un islam compatible avec les valeurs européennes de tolérance, de liberté et de sécularisme, et ceux pour lesquels ces valeurs sont impies et doivent être combattues.

L’imam Chalghoumi est devenu l’un des représentants les plus médiatisés des premiers. Ce qui lui vaut, d’ailleurs, des attaques particulièrement vives et qui n’ont pas toujours été seulement verbales. Que vous reproche-t-on ? De vouloir incarner un islam modéré, tolérant, adapté à la société d’accueil. De promouvoir le dialogue spirituel avec les autres religions monothéistes, y compris le judaïsme – ce qui, aux yeux de certains, constitue une espèce d’hérésie. De refuser l’importation en Europe occidentale du conflit du israélo-palestinien. Et surtout d’offrir de l’islam une image bien éloignée de celle que présentent les habituels barbus braillards et menaçants, prompts à descendre dans la rue à la moindre critique, quand ils n’attaquent pas nos ambassades et nos consulats… Un bien grand crime, en vérité.

On vous traite « d’imam des juifs » , parce que vous avez accepté une invitation en Israël – mais vous avez été prêcher votre message de paix aussi dans les territoires palestiniens. On vous accuse d’être « un Français déguisé en musulman authentique », ce qui sous-entend qu’un vrai musulman ne saurait ni dialoguer avec un rabbin, ni se comporter en bon citoyen de ce pays, respectueux de ses usages et de ses lois.

Vous appelez les autorités de notre République à favoriser la création de lieux de culte et à la formation d’imams , afin de cesser d’en laisser le soin à des pays étrangers, qui entendent se servir de nos compatriotes musulmans comme d’une masse de manœuvre au service de leurs propres intérêts. Êtes-vous entendu ? Ne risquez-vous pas de vous retrouver coincé entre l’enclume d’une société française qui manifeste une défiance croissante envers l’islam et le marteau des barbus vindicatifs et violents qui prétendent parler, seuls, en son nom ?

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