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History is again on the move

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L'Europe aurait bien tort de se croire à l'abri des turbulences qui secouent la planète.

Oui, Arnold Toynbee, le grand historien britannique, précurseur de l’histoire mondiale, injustement oublié aujourd’hui, avait une formule : « history is again on the move ». Elle peut resservir pour caractériser l’époque que nous vivons. Notre monde traverse une période de fortes turbulences. La seule certitude, c’est que son état, au sortir de cette accumulation de crises, sera très différent de celui que nous avons connu. Et que l’Europe se tromperait lourdement en imaginant rester à l’écart de ces tourmentes.

D’abord parce que la plus récente de ces crises à venir est aussi la plus proche de nous - le Brexit. Pour l’économiste de Harvard, Carmen Reinhart, la victoire du Leave va probablement marquer un coup d’arrêt à la mondialisation, et peut-être l’inversion de ce processus historique, puisqu’il a commencé à la fin du XIX° siècle. Certes, les moyens de transports, l’industrie financière et le numérique l’ont accéléré de manière spectaculaire depuis une trentaine d’années. On peut penser en particulier aux porte-containers et au séquençage informatisé de la chaîne de valeur.

La guerre de 14 l’avait brutalement interrompu et les crises des années 1920 et 1930, ont provoqué une vague de protectionnisme, de politiques autarciques et une guerre des monnaies par dévaluations compétitives, qui portent leur responsabilité dans le déclenchement de la deuxième guerre mondiale. Mais sitôt cette guerre terminée, les échanges commerciaux à l’échelle internationale sont repartis avec vigueur. Ils ont été suivis par la finance.

Le Brexit a toute chance d’inverser ce processus. Les Brexiters qui ont voté contre l’Union européenne parce qu’ils la jugent insuffisamment libérale et trop entichée de réglementations vont provoquer des résultats opposés à leurs attentes. Car les négociations entre l’UE et l’Angleterre seront longues ; beaucoup de projets d’investissements seront à l’arrêt. Les marchés n’aiment pas les incertitudes. Cette fois, ce ne sont pas seulement les échanges commerciaux qui sont en cause, mais la mobilité du travail : les Anglais ont voté contre la serveuse polonaise et l’ouvrier roumain. Joschka Fischer le relève : partout en Europe, le nationalisme est de retour. Il est dirigé à la fois contre les étrangers et contre l’Union européenne.

Une partie des opinions imagine pouvoir, à l’abri de l’Etat-nation, échapper aux contraintes extérieures, conjurer le sentiment de déclin qui les étreint. Mais cette souveraineté se révèlera tout aussi illusoire que le retour à une prétendue homogénéité culturelle d’avant l’immigration. Sa vaine poursuite aggravera le déclin relatif de l’Europe au sein d’un monde qui ne l’attend pas.

Le deuxième facteur de risque, pour l’Europe, c’est le tourbillon de violence déclenché par l’islamisme radical, qui a son cœur dans le prétendu « Etat islamique ». Après avoir déstabilisé l’Irak, puis la Syrie, il atteint maintenant la Turquie, notre proche voisine.

Parmi les exactions abominables commises par ces fanatiques, il y a un génocide, reconnu comme tel par l’ONU, commis contre les yézidis. Des fillettes sont vendues comme esclaves sexuelles sur des marchés, des atrocités et des massacres sont commis sur une très grande échelle. Nous ne pourrons pas dire : nous ne savions pas.

Quand bien même la coalition hétéroclite qui combat Daech sur le terrain finirait par anéantir le soi-disant califat, le monde n’en aurait pas fini avec un fanatisme politico-religieux. Il l’a démontré, en frappant, par le terrorisme qui, par le terrorisme, du Pakistan au Nigéria, de l’Egypte jusqu’aux Etats-Unis, en passant par la France et Israël.

Mais l’endroit du monde où se profile le risque le plus sérieux de guerre ouverte entre puissances militaires, c’est la mer de Chine méridionale. La Chine y menace plusieurs alliés des Etats-Unis. Ceux-ci ne sauraient renoncer à la défendre, sauf à perdre toute crédibilité internationale. La tension ne cesse de monter sans qu’on voie en quoi pourrait consister un règlement pacifique entre les deux plus grandes puissances maritimes de la planète.

Il y aura décidément bien des sujets à discuter aux Matins. Quant à moi, je tire ma révérence après cinq années passionnantes. Je tiens à remercier les auditeurs pour leur patience et leurs réactions, ainsi que les directions de France Culture pour la totale liberté dont j’ai bénéficié au fil de ces quelques mille chroniques. Et je vous donne rendez-vous à la rentrée, tous les jours, à midi moins cinq. D’ici là, bel été sur France Culture !

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