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Humanisme et transhumanisme

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À retrouver dans l'émission

Produire techniquement la post-humanité n’est plus qu’une question d’années .

Francis Fukuyama avait posé avec clarté les problèmes moraux et juridiques qui découlent des progrès conjoints de plusieurs disciplines. Les sciences cognitives, avec l’exploration du cerveau, les neurosciences et la neuropharmacologie, déjà utilisée à grande échelle pour modifier nos comportements (Prozac, Ritaline, antidépresseurs et autre psychotropes), et l’ingénierie génétique, écrivait-il vont conjuguer leurs résultats pour nous offrir des possibilités de modification de l’humanité elle-même qu’il est difficile d’imaginer. C’était dans un livre, publié il y a plus de 10 ans, titré La fin de l’homme et sous-titré Les conséquences de la révolution biotechnique et nous en savons déjà un peu plus aujourd’hui sur ces fameuses possibilités. Mais on peut parier qu’il en sera bien d’autres que nous ne sommes pas en état de concevoir.

Vous ajoutez au tableau, Jean-François Mattéi , les possibilités qu’ouvrent le développement de l’intelligence artificielle et de la robotique : décidément, l’homme-machine n’est plus une rêverie de science-fiction, mais une possibilité d’avenir…. Vous évoquez aussi les dimensions eugénistes que comportent les techniques d’amélioration des performances du corps et de l’esprit humain, afin de nous appeler à réfléchir. Comme disait Hans Jonas, « nous devons considérer à nouveaux frais ce que nous pouvons », si nous voulons maîtriser le « déchaînement technique ».

La philosophie humaniste nous enjoint de respecter et de préserver l’humanité en nous et de ne pas attenter à ce qui nous fait homme. Mais le courant transhumaniste nous appelle, au contraire, à ne pas refuser les perfectionnements, les mutations, les augmentations que les techniques ont commencé à mettre à notre disposition.

Faut-il préserver la nature humaine telle qu’elle se présente aujourd’hui, alors qu’elle est le fruit d’une évolution naturelle ? La tentation est grande de hâter d’autres adaptations possibles , ou encore d’en imaginer. Après tout, cela fait des siècles que notre espèce a appris à transformer le vivant, à tricher avec l’évolution, en modifiant, par croisements, les animaux et les plantes, en fonction de l’intérêt qu’ils présentent pour nous. Pourquoi ne pas en faire de même avec notre propre espèce ?

La plupart des philosophes nous mettent en garde contre le fantasme de toute-puissance qui nous conduirait à croire que nous pouvons devenir les créateurs de nous-mêmes , à nous produire techniquement au lieu de nous reproduire.

Dans un autre contexte, Leo Strauss , disait « si nos principes n’ont d’autre fondement que nos préférences aveugles, alors rien n’est défendu de ce que l’audace de l’homme le poussera à faire . » (Droit naturel et histoire). Mais, rétorquent leurs adversaires, a-t-on déjà vu l’humanité renoncer à un perfectionnement technique ? Depuis Galilée, la science se développe librement, rien ne saurait en entraver le progrès. Ce que les politiques parviendront à empêcher ici sera tenté là. N’est-il pas illusoire de chercher à encadrer et à interdire ?

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