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... Ils sont restés keynésiens

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Il y a, sur l’origine et les causes de la crise, plusieurs versions, plusieurs récits. Et bien sûr, selon le diagnostique que l’on adopte, les traitements à appliquer au malade – les économies occidentales – seront différents. Le récit keynésien , dont vous êtes, Joseph Stiglitz, sans doute le plus prestigieux représentant, est bien connu. Surtout en France, où parce qu’il est tenu pour celui de la gauche raisonnable, il a la faveur des médias ce qui lui vaut d’être souvent considéré comme le seul possible.

Pour le résumer , on dira ceci : l’économie mondiale, qui était saine, jusque dans les années 70, a été perturbée par la dérégulation des marchés , décrétée pour des raisons politiques par Margareth Thatcher et Ronald Reagan. Cette dérégulation a causé un enrichissement spectaculaire d’une petite minorité de bénéficiaires – les professionnels de la finance, essentiellement. L’immense majorité – les fameux « 99% » au nom desquels entendaient parler les « occupants » du parc Zuccotti, à New York – ont vu, au contraire, leurs revenus stagner ou décliner. Ils ont tenté de maintenir leur niveau de vie en s’endettant . Il faut donc revenir aux politiques qui étaient menées, depuis le New Deal jusqu’aux années 70 : la relance de la consommation par le déficit public . Lorsque la croissance sera ainsi stimulée, les Etats rembourseront aisément leurs dettes, grâce à de fortes rentrées fiscales.

Mais plusieurs auteurs hostiles au keynésianisme font observer malicieusement que les recettes keynésiennes ont été appliquées depuis une vingtaine d’années. Et que le plein-emploi promis n’est vraiment pas au rendez-vous. Je trouve très éclairant le livre de Jean-Marc Daniel , professeur d’économie français, intitulé : » Ricardo, reviens, ils sont restés keynésiens » (François Bourin Editeur).

Son diagnostic à lui est très différent. Je le cite : « La crise ne vient pas de la folie des banques, mais de l’arbitraire de l’Etat américain . »

Primo : depuis la décision de Nixon d’affranchir le dollar, monnaie de transaction et de réserve internationale de toute référence à l’étalon-or, les Etats-Unis se sont attribués un « privilège exorbitant » - comme disait Jacques Rueff. Ils ont acquis un statut de « puissance alchimiste », écrit Jean-Marc Daniel, puisqu’ils « fabriquent l’or du monde ».

Du coup, ils ont cru pouvoir consommer bien plus que ce qu’ils ne produisent , en compensant ce déficit commercial structurel à coups d’émission de nouveaux dollars. La FED, surtout à l’époque de Alan Greenspan, a maintenu des taux d’intérêt anormalement bas , pour permettre à l’Etat fédéral de s’endetter hors de toute prudence .

Car la droite américaine au pouvoir sous George Bush Jr. a pratiqué un keynésianisme déchaîné . Sans le dire, elle a fait sienne la fameuse politique de relance par la dépense publique et le recours insensé à la planche à billets mais au lieu de faire financer les dettes publiques par « l’euthanasie du rentier » préconisée par Keynes, c’est-à-dire l’inflation, elle a préféré les allègements d’impôts sur les ménages, et en particulier les plus fortunés – son électorat.

Mais cette politique de soutien de la demande, qui était censée assurer le plein emploi, a manifestement échoué . Et si le Nord stagne, le Sud, lui connaît bel et bien l’inflation – ce que traduit l’envolée des prix du pétrole, des matières premières et surtout des produits agricoles. La dérégulation a bon dos.

C’est l’Etat américain, à l’époque de Jimmy Carter (donc démocrate, donc de gauche), qui est à l’origine directe de la crise des subprimes, en ayant adopté une législation obligeant les banques à prêter aux ménages sans ressources, afin qu’eux aussi puissent spéculer sur l’immobilier, en achetant et en revendant des maisons, et en garantissant les crédits hypothécaires de Fannie Mae et Freddy Mac, qui sont à l’origine des agences publiques.

Que répondez-vous à ceux qui disent : il faut renoncer aux méthodes qui ont bien marché dans les années 30, et encore dans l’après-guerre, mais qui s’avèrent contre-productives 80 ans plus tard ? Il faut faire ce qu’on fait les Allemands, et ce que préconise François Hollande : ramener d’urgence les budgets publics à l’équilibre et éponger nos dettes ?

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