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Imprimer notre esprit à la mondialisation

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Dans votre livre « La fin du malheur français », paru l’an dernier, vous écriviez, Nicolas Tenzer : « Tout discours politique cohérent ne peut se fonder sur des perceptions émanant d’abord de la ‘base’, mais doit au contraire exprimer une règle fondée sur un projet. »

C’est en se fondant sur ce principe que vous en publiez un nouveau, ces jours-ci, « La France a besoin des autres » dans lequel vous vous adressez manifestement au futur président de la République pour lui proposer un projet.

Et votre message est le suivant : même si celle-ci est impopulaire, la France ne doit pas fuir devant la mondialisation. D’abord parce que les digues que nous pourrions ériger seraient bientôt submergées. Mais surtout parce que ce qui est exigé de nous n’est pas de subir passivement les règles d’un jeu qui s’imposeraient de l’extérieur. Au contraire, en raison du caractère universaliste de notre culture, de notre histoire particulière, nous sommes appelés à devenir les co-pilotes d’une mondialisation qui voit entrer dans le jeu de nouveaux acteurs. Cessons de croire que l’adaptation au monde tel qu’il va passe par l’alignement résigné sur les comportements des plus forts – Etats-Unis, Chine, par un abaissement des exigences sociales et environnementales.

La mondialisation est un processus qui est en train de fixer ses propres règles, ses normes, de voir émerger ses régulateurs et ses conseils. Faisons en sorte d’y participer activement , au lieu de tenter en vain de nous y soustraire, sous prétexte qu’il nous faudra, en effet, transformer certaines de nos bonnes vieilles habitudes de faire et de penser. Car nous avons aussi beaucoup à gagner à un processus qui va faire sauter nombre de situations acquises et de rentes de situation. Le marché, dites-vous, est émancipateur. Il permet aux individus d’échapper aux trajectoires fixées d’avance, il fait voler en éclats les rentes et les monopoles. Là encore, vous n’êtes guère en phase avec « la base »…

La France, ancienne grand puissance, a conservé, nous dites-vous, un réseau diplomatique mal utilisé, mais très important. Il ne tient qu’à nous d’exercer une plus grande influence sur le monde en train de s’édifier. Dans certains cas, en comptant sur nos seules forces, mais le plus souvent en nous associant, pour peser, avec nos amis d’Europe. Nous partageons avec eux, comme avec l’Amérique du Nord, les mêmes valeurs. Avec les autres Etats européens, nous partageons en outre les mêmes intérêts – même si notre Union tend à favoriser simultanément les solidarités qui renforcent et la concurrence qui pousse à innover.

Certes, faites-vous observer, l’Union européenne est dans une mauvaise phase. La désillusion des peuples nourrit l’euroscepticisme et pourrait pousser au détricotage de l’acquis. Mais le scénario noir, celui de l’éclatement de l’euro et du repliement sur soi de vieilles nations épuisées et vieillissantes, n’est pas le plus probable. Encore faudrait-il renouer avec la capacité visionnaire des Monet et des Delors et ne pas se contenter de poser toujours de nouvelles rustines sur la monnaie unique.

La mondialisation, cela signifie aussi pour les plus mobiles et les plus ambitieux, l’appel du large. Afin d’échapper aux innombrables blocages et contraintes d’un pays comme le nôtre, la tentation est grande de s’expatrier . Nombreux sont les Français qui s’en vont chercher la liberté et le succès ailleurs. Au lieu de nous contenter de le déplorer, vous nous invitez à faire de cette diaspora talentueuse, dont la fibre patriotique demeure vibrante, un des vecteurs de l’influence française dans le monde. A la mobiliser pour faire revenir vers l’Hexagone leur retour d’expérience, afin que nous nous inspirions des solutions qui marchent chez les autres.

Enfin, pour en revenir à l’actualité politique la plus immédiate, je relève que vous adressez vos conseils à « la gauche social-démocrate et à la droite modérée ». Est-ce à dire que vous estimez, comme certains, que la situation du pays est si dégradée que la sortie de crise passera par une forme d’union nationale ?

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