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Inde : déficit de femmes et viols

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C’est Amartya Sen qui, le premier , a tenté de mesurer le déficit de femmes dans les pays d’Asie. En 1990, il publia un article demeuré fameux, dans la New York Review of Books, où il proclamait : « il manque cent millions de femmes dans le monde ».

L’habitude ancestrale de priver de soins les petites filles, voire de les tuer à la naissance , et à présent d’avorter lorsque le fœtus n’est pas du sexe désiré – à savoir masculin, n’a pas disparu. Ni la tradition monstrueuse qui consiste à tuer, souvent par le feu, une épouse dont la belle-famille juge la dot insuffisante. Ce sont des faits dont on n’aime pas parler, parce qu’ils tiennent, dit-on, aux traditions, à la culture et que chaque peuple a les siennes, également respectables selon l’idéologie du moment.

Mais la conséquence est visible dans la démographie de pays comme l’Inde : d’après le dernier recensement qui a eu lieu en 2011, il y avait, dans ce pays, 914 filles pour 1000 garçons . C’est sans doute l’une des causes du problème dont nous parlons ce matin.

Dans un essai intitulé « Bare Branches », sous-titré « Les implications du surplus d’hommes en Asie sur la sécurité », la sociologue américaine Valerie Hudson , décrivait les effets, sur des sociétés déjà assez naturellement encline à la misogynie, de l’excès de garçons. Les jeunes mâles, frustrés par le manque de femmes , se regroupent en bandes violentes et s’en prennent à l’autre sexe, lorsqu’ils en ont l’occasion, dans un processus d’émulation mutuelle. Ils font régner dans les rues et les transports publics une atmosphère de violence latente, principalement tournée contre les femmes.

C’est d’autant plus vrai dans les pays où, comme en Inde, les femmes, longtemps maintenues à la maison, interdites d’éducation, considérées comme une charge financière pour les familles, sont en train de s’émanciper en accédant à la formation et au travail salarié. C’est cette émancipation même qui provoque un phénomène de « backlash » , bien décrit par les féministes, comme Susan Faludi. Celui-ci prend la forme du harcèlement sexuel il peut aller jusqu’au viol collectif pratiqué comme une forme de revanche et de réaffirmation de la suprématie masculine .

En Inde, il n’y a que 4% de femmes parmi les forces de police et tout est fait pour décourager les victimes de porter plainte. Elles savent que cela ne servira à rien : sur les 635 viols enregistrés en 2012 dans la seule ville de New Delhi, un seul a été sanctionné pénalement.

Dans un livre important, consacré à la montée en puissance des femmes dans les pays en développement, intitulé «La moitié du ciel », le double Prix Pulitzer Nicholas Kristof et sa co-auteur et épouse Sheryl WuDunn écrivaient : « Le principal défi moral qu’eut à affronter le XIX° siècle fut l’esclavage. Au XX°, ce fut le totalitarisme. Au XXI°, c’est la violence infligée aux femmes à travers le monde. » Et d’expliquer que le fait de donner du pouvoir aux femmes est le moyen le plus sur de faire reculer la pauvreté et la violence extrémiste.

Face à la montée de l’émotion soulevée en Inde – et l’importance de conquérir l’électorat féminin, pour un Parti du Congrès mal parti pour les élections de mai 2014, de nombreux politiciens réclament, pour les violeurs récidivistes, la castration chimique, voire la peine de mort. Est-ce le bon moyen d’empêcher le renouvellement d’actes de barbarie tels que ceux qui ont coûté la vie à une étudiante de 23 ans dans la soirée du 16 décembre ? Sur un panneau, brandi par les manifestantes anti-violeurs, on pouvait lire : "Don' tell your daughter not to go out, tell your son to behave properly ! " Le changement de mentalité passera par l'éducation au moins autant que par la répression.

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