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Institutions bipolarisantes, système politique tripolaire

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Le général de Gaulle, conscient de la tendance séculaire des Français à la division, à la dispersion, avait opté pour un mode de scrutin favorisant les alliances électorales de second tour. « Entre les communistes et nous, il n’y a plus rien », avait décrété son « génial » ministre de la Culture, André Malraux, prenant ses désirs pour la réalité. C’était, en effet, l’idéal du gaullisme : affronter le PCF en duel, en condamnant la troisième force à la marginalité. Et c’est parce qu’il avait bien compris la nature du piège tendu à la gauche non communiste que François Mitterrand, quoiqu’hostile par principe à ces institutions, s’y coula et décréta l’Union de la gauche. Bloc de gauche contre union des droites , la partie redevenait gagnable.

Or, la recomposition politique actuelle fait éclater le cadre institutionnel. « Un Front national durablement à 30 % est aujourd’hui incompatible avec notre mode de scrutin », écrit Jérôme Fourquet sur le site Atlantico, pour qui nous serions entrés dans « système tripolaire gauche-droite-FN ». « Puisque le FN sera systématiquement au second tour, un des deux grands partis sera amené à disparaître au second tour », poursuit-il.

D’autres commentateurs voient plutôt la recomposition en cours prendre la forme d’un système à quatre côtés. Ainsi Jean-Louis Bourlanges, sur le site Telos, estime que « le tripartisme célébré sur tous les tons est un trompe-l’œil, dissimulant l’apparition d’un ordre politique devenu résolument quadripartite ». A ses yeux, il n’y a plus de « bloc de gauche ». La gauche au pouvoir ayant franchement opté pour l’Europe et l’économie de marché, elle ne peut plus espérer le ralliement d’une gauche radicale en complet désaccord sur cette ligne.

Si cela demeure encore mal perçu, c’est, observe Bourlanges, parce qu’entre les deux gauches, il n’existe pas de « ligne de partage bien tranchée, mais un subtil dégradé », qui passe par les frondeurs du PS et au sein même des Verts. A la différence de ce qu’on observe jusqu’à présent à droite, où il y a une solution de continuité nette entre UMP et FN. Les uns parient sur leur capacité à gauchir la ligne du gouvernement, les autres sur l’éclatement du PS, afin de constituer un Syriza à la française.

Quoiqu’il en soit, le bouleversement introduit par l’incrustation du Front national dans le paysage politique n’est pas compatible avec nos institutions. Les électeurs comprendraient mal que l’une des deux grandes forces politiques de gouvernement soient éliminées dès les premier tour, comme ce fut le cas en 2002.

On peut dès lors envisager plusieurs solutions. D’abord, modifier le système électoral. Cela pourrait passer par l’attribution d’une forte prime au parti arrivé en tête , comme le prévoit la réforme décidée en Italie par Matteo Renzi. Mais on peut imaginer aller plus loin : renoncer au scrutin à deux tours et attribuer le siège au parti arrivé en tête , quel que soit le pourcentage de sièges obtenu, comme cela se fait en Grande Bretagne. C’est ce mode de scrutin qui a donné, la semaine dernière, une majorité absolue des sièges aux conservateurs, alors qu’ils sont minoritaires dans l’électorat.

Mais j’en viens au système des partis. La droite de gouvernement UMP/UDI est devant une alternative stratégique qu’incarnent Nicolas Sarkozy , d’un côté, Alain Juppé, de l’autre. Le premier croit pouvoir renouveler l’opération réussie en 2007, siphonner les électeurs du Front national au premier tour , afin de ne pas avoir à s’allier avec lui au second. Est-ce suffisant pour construire une majorité ? Juppé ne le pense pas, qui a évoqué la nécessité de « couper les deux bouts de l’omelette ». L’idée serait de profiter d’une victoire à la présidentielle pour reconfigurer le système politique en constituant une majorité de gouvernement autour d’un bloc centriste, réformateur et européen, ouverte à la gauche sociale-libérale comme à la droite pro-européenne.

Quel est le scénario qui vous semble le mieux accordé à la situation, Dominique Reynié ? Quelles conclusions en tirerez-vous, si vous êtes élu président de la région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon ?

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