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islamo-gangstérisme

3 min
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Le 2 mai 2011, le refuge d’Ossama Ben Laden, à Abbottabad, au Pakistan, était attaqué par un commando des forces spéciales américaines. Le chef d’Al-Qaïda était abattu et son corps jeté dans la mer d’Oman, pour éviter que sa dépouille ne devienne un lieu de pèlerinage. Oh, personne n’imaginait que cela signifierait la fin d’Al-Quaïda et encore moins, la fin de la violence djihadiste. Al-Qaïda n’est pas une centrale de la terreur islamiste, obéissant au doigt et à l’œil, à un quelconque comité central mais elle n’est pas non plus une simple marque que tout djihadiste à travers le monde pourrait brandir, afin de se justifier. Il y a un plan, il y a des « phases », bref un agenda.

De tous les analystes, c’est sans doute l’Américain Marc Sageman, qui a poussé le plus loin la thèse de l’absence de centralité de la nébuleuse terroriste. Dans son livre, Leaderless Jihad. Terror Networks in the XXIth. Century, en 2008, il décrivait un mouvement Al Qaïda, qui aurait muté, avec l’arrivée d’une troisième génération d’activistes, en un « mouvement social ». Après la génération des fondateurs, celle des « Afghans », la deuxième, recrutée parmi les rejetons des classes aisées du Moyen Orient, ayant souvent fait des études en Occident, cette troisième génération serait en quelque sorte une génération internet, regroupements vagues en réseaux fluides et horizontaux. Ces djihadistes, écrit Marc Sageman, ancien de la CIA qui est aussi psychiatre, ont « la violence pour identité ».

Le goût de la violence, le plaisir de terroriser, le sentiment de supériorité qu’éprouve celui qui s’est rendu maître de la vie d’autrui et peut en disposer, c’est bien la signature de ces groupes terroristes. Ils éprouvent un plaisir pervers à filmer et mettre sur internet des vidéos atroces, dignes des films gore : égorgements en direct, et tout récemment, cette mise en scène macabre du corps du soldat français, tué en Somalie, lors de la tentative avorté de libération d’un officier de la DGSE.

Ce goût de la violence, ce goût du sang, c’est sans doute l’un des facteurs qui expliquent l’étrange perméabilité de ces groupes, professant un islam rigoureux, avec de très authentiques gangsters, aux mœurs qui ne sont guère conformes aux préceptes du Coran... Ce à quoi nous sommes confrontés au Mali, en effet, c’est à des groupes d’hommes dont certains ont vécu longtemps, certes, des largesses de Kadhafi, mais tout autant du trafic de drogue ou de cigarettes, de contrebande, de proxénétisme et d’enlèvements contre rançon. Le MUJAO au Nord Mali, comme le groupe Boko Haram, qui assassine des chrétiens au Nigéria, ressortissent parfaitement de cet islamo-gangstérisme qui, d’une main, donne le fouet aux coupables d’adultère, parmi les populations tombées sous sa coupe mais, de l’autre, enlève des jeunes filles pour les réduire en esclavage sexuel.

L’islam, ici, n’est qu’un prétexte, un vernis idéologique destiné à intimider l’Occident mais il masque mal des finalités qui sont celles du grand banditisme vivre comme dans les films américains, le cerveau esquinté par la drogue, mais armé comme Rambo. Peut-on imaginer que, dans l’avenir, des Etats faibles tombent entre les mains de véritables gangs qui en pillent et ruinent les habitants ? La communauté internationale peut-elle s’en prémunir ?

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