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"Islamophobie" ? Où ça ?

5 min
À retrouver dans l'émission

"Oui la France est en guerre, contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme extrémiste (…) La France n’est pas en guerre contre une religion ." Tels sont les mots du premier ministre, hier, à l’Assemblée nationale. Souvenez-vous : ceux qui tenaient ce discours, la semaine dernière, étaient vivement critiqués par les commentateurs autorisés ; et, dans mon cas, jeudi 8, ici-même, traités de dangereux néo-conservateurs … Aujourd’hui, ce sentiment est partagé par l’ensemble du Parlement le discours de Manuel Valls a été ovationné par une Assemblée nationale pour une fois unanime. Les députés ont chanté debout en chœur notre hymne national, à l’initiative d’un député, Serge Grouard. C’était la première fois, paraît-il, depuis 1918 que se produisait un tel évènement. Il faudra demander vérification à Emmanuel Laurentin.

L’heure n’est plus aux petites querelles de personnes , aux stratégies individuelles de pouvoir, aux ambitions mesquines. Peut-on croire à un tel miracle ? Non seulement le peuple se montre à la hauteur du défi qui nous est lancé, mais on voit l’ensemble de ses élus, comme transfigurés par le danger, se hisser à la hauteur de leur mission historique. L’état de guerre impose l’union sacrée . Le fossé que les tueurs rêvaient de creuser entre nos concitoyens musulmans et les autres Français apparaît plus que jamais factice : parmi leurs victimes, le policier Ahmed Merabet et le correcteur de Charlie, Mustapha Ourrad étaient tous deux d’origine algérienne. Ils sont tombés sous les mêmes balles que ceux qui ont tué nos compatriotes juifs de la porte de Vincennes et les caricaturistes talentueux de Charlie Hebdo.

« Si Charlie disparaît, c’est le silence qui gagnera », disait Elisabeth Badinter, témoignant au procès intenté par plusieurs organisations contre Charlie Hebdo, pour la publication des caricatures de Mahomet, en 2007. A l’époque, bien des intellectuels avaient critiqué les « provocateurs » les accusations d’islamophobie avaient volé bas. En faisant rempart de nos quatre millions de corps autour de Charlie Hebdo, symbole de nos libertés menacées, nous avons montré que nous ne céderions plus aux menaces, à l’intimidation, à la violence. Ce peuple que certains décrivaient, hier, comme en plein déclin, a forcé l’admiration du monde par son courage. « La France est le point de ralliement pour le monde, lorsque l’essentiel est en cause », a dit justement le président de la République.

Pourvu que ça dure ! Car le danger n’est pas passé. La re-sortie de Charlie Hebdo, ce matin, est un défi à l’obscurantisme qui nous expose tous. « Charlie reparaît, la France et l’Europe retiennent leur souffle », disaient ce matin la BBC.

Or, cette unanimité n’a jamais existé, du côté des commentateurs et des intellectuels.

Ceux qui, comme Alain Finkielkraut ou Pierre-André Taguieff, mettaient en garde contre « la nouvelle judéophobie » , venue des quartiers et alimentée par la propagation d’un islamisme radical, voient se confirmer leurs pires avertissements. Du massacre d’enfants, à l’école Hozar Hathora de Toulouse au supermarché cacher de la Porte de Vincennes, en passant par les assassinats commis au musée juif de Bruxelles par un citoyen français, jamais on n’avait assisté à une telle explosion de rage antisémite dans notre pays depuis l’Occupation.

Mais de l’autre côté, celui que notre collègue Alain Finkielkraut appelle ce matin dans Le Figaro « le Parti de l’Autre » avec un grand A, on dénonce l’islamophobie qui aurait braqué les enfants de l’immigration contre une France marâtre. On impute le crime djihadiste à Houellebecq, ou à Finkielkraut. Mais enfin, ce genre de cliché permet-il d’expliquer Boko Haram, Daesh, les talibans ? Quel Zemmour les a provoqués, là-bas, au Nigéria, en Syrie, en Afghanistan ?

Pour d’autres, ce qui est en cause, c’est la prison, accusée d’avoir radicalisé de gentils petits délinquants sans histoire. Est-ce parce qu’il a été incarcéré que le multirécidiviste Koulibaly a assassiné cinq personnes, et non plutôt parce qu’il a bénéficié d’une libération bien trop anticipée ?

Plutôt que de s’indigner que, dans un pays comme le nôtre, les Juifs en soient réduits à se demander s’il ne convient pas d’émigrer afin de mettre leur famille en sécurité, on feint de craindre la montée d’une haine contre les Français musulmans. Or, l’absence d’une telle haine, qu’on pouvait en effet redouter, est précisément ce qui frappait tout observateur objectif des défilés populaires de dimanche. Les manifestants, calmes, conviviaux et pacifiques, n’avaient pas « la rage », comme on dit. Ils n’imputaient pas à nos concitoyens musulmans les crimes commis au nom de l’islam , comme font les tueurs d’enfants juifs ici, en prétendant « venger les enfants palestiniens », là-bas… De même avons-nous démontré que les manifestations ne se terminent pas « inévitablement », comme on nous l’affirme souvent, par des harcèlements de policiers, des attaques de magasins ou des incendies de voitures.

Un autre phénomène paraît préoccupant, c’est le haut niveau de refus, constaté dans des collèges, des lycées, et même des écoles primaires, de participer à la minute de recueillement en mémoire des victimes des terroriste s. Charlie Hebdo était pourtant un journal très populaire dans les lycées de ma jeunesse. Que s’est-il passé pour qu’il soit devenu, aujourd’hui, pour certains, un objet de haine et de ressentiment ?

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