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Israël, futur exportateur de gaz et de pétrole

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C’est une vieille blague juive que Golda Meïr aimait resservir à ses invités occidentaux pour attirer leur attention sur l’extrême précarité de son pays en matière d’approvisionnement énergétique. « Terre promise ? Quelle terre promise ? Pourquoi a-t-il fallu que Moïse nous guide vers le seul endroit du Moyen-Orient qui soit justement dépourvu de pétrole ! » Elle ressert d’ailleurs en ce moment, puisque Gaspard Proust l’a glissée dans son spectacle au Théâtre du Rond-Point. Je recommande vivement Gaspard Proust, soit dit en passant, le comique le plus intelligent du moment.

Mais revenons à Israël. C’est un pays qui a su se doter d’une économie moderne et dont les taux de croissance actuels narguent la crise. Standard’s & Poors’ vient d’ailleurs de relever la note de sa dette. Mais cette forte croissance est génératrice d’une importante consommation d’énergie. Or, comme le soulignait Golda Meir, on n’avait pas découvert d’hydrocarbures dans son sous-sol. Israël ne possède pas non plus de fleuve capable de faire tourner une centrale électrique. Et comme le pays a été la fréquente victime d’attentats ou de tirs de roquettes, il a renoncé à se doter de centrales nucléaires qui constitueraient des cibles trop risquées.

Certes, suite à sa victoire lors de la guerre des Six-Jours, en 1967, Israël avait occupé le Sinaï égyptien qui, lui, est doté d’importantes ressources pétrolières et les avait exploitées pour son compte. Mais lors des accords de Camp David, en 1978, Menahem Begin a accepté de restituer le Sinaï en échange d’une promesse américaine de ne jamais laisser Israël en panne de pétrole. C’est pourtant ce qui a failli lui arriver à la suite de la révolution islamiste en Iran. Le gouvernement de Khomeiny a, en effet, coupé les approvisionnements qui transitaient par le port d’Eïlat, à l’époque du Shah d’Iran. Certes, les toits d’Israël sont couverts de panneaux solaires. Mais cela ne représente guère que 3% de la consommation totale d’énergie du pays de quoi assurer l’eau chaude des salles de bain. Pour le pétrole, Israël se débrouille avec le Turkménistan, l’Azerbaïdjan et la Géorgie qui acheminent l’or noir jusqu’au terminal turc de Ceyhan.

Et voici que tout cela est en train de changer très vite. On a, en effet découvert dans le Sud-Est de la Méditerranée des gisements de gaz off shore. Cela a commencé, dès 1999, au large de Gaza, avec Gaza Marine, dont la possession continue de faire l’objet d’une âpre bataille juridique entre Israéliens et Palestiniens. Mais plus récemment, des gisements de gaz naturels gigantesques ont été découverts au large de Haïfa - Tamar et Léviathan. Les forages d’évaluation ont déjà commencé. Et il y aurait là des réserves de gaz dignes de faire d’Israël un très gros producteur, capable en particulier de contribuer substantiellement à l’approvisionnement de l’Europe.

Mais comme on sait, pour les hydrocarbures, on fait des guerres… Une partie de bras de fer est engagée pour l’exploitation des réserves de gaz de la Méditerranée orientale. Israël et Chypre, appuyés par la Grèce ont commandité des compagnies américaines pour forer des puits d’évaluation au-dessus de la nappe sous-marine. En face, la Turquie, le Liban, la Syrie, l’OLP leur en dénient le droit et en appellent à l’arbitrage de l’ONU. Le ton monte.

Ajoutons qu’on aurait aussi découvert dans le sous-sol d’Israël d’importantes réserves de gaz et de pétrole de schiste, dont les prix actuels de l’or noir rendent l’exploitation rentable.

Voilà comment on se retrouve avec un Etat, Israël, qui d’importateur, pourrait bien se muer en gros exportateur d’hydrocarbures. A croire que Moïse disposait d’avions-renifleurs…

Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour un pays dont les voisins avaient déjà du mal à accepter l’existence lorsque son sous-sol était réputé ne contenir aucune richesse naturelle ?

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