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Juger Daesh pour crimes contre l'humanité

5 min
À retrouver dans l'émission

Un gang de barbares fanatisés provoque depuis des mois la communauté internationale, en multipliant les exactions et les atrocités. On sait au moins depuis Agrippa d’Aubigné que les guerres de religions suscitent des vocations chez les personnalités frustes , attirées par la cruauté et la levée de l’interdit du meurtre . Les paranoïaques sadiques qui s’intitulent Etat islamique en Irak et au Levant ont levé le drapeau noir d’un soi-disant califat. Ils se livrent à une guerre de religion d’une telle monstruosité qu’on peine à se figurer qu’elle soit compatible avec l’état de la civilisation du XXI° siècle.

Il faut faire appel au concept de non-contemporanéité forgé par Ernst Bloch pour tenter de comprendre ce qui nous arrive avec eux. « Tous ne sont pas présents dans le même temps présent, [...] Des temps plus anciens que ceux d’aujourd’hui continuent à vivre dans des couches plus anciennes », écrivait Bloch dans Héritage de ce temps. (95)

Nous croyons vivre tous à la même époque, dans le même moment historique mais, en vérité, nous coexistons avec des gens dont la vision du monde est ancrée dans un passé lointain et mal digéré . Dans son effort pour comprendre le mystère de l’adhésion au national-socialisme des petits-bourgeois et paysans allemands des années 1930, Ernst Bloch mettait en accusation le rôle joué, dans la conscience collective, par les résidus du féodalisme. Mais ce qu’il écrit à l’époque « ils portent en eux un passé qui n'a pas été remis à jour » s’applique parfaitement à nos combattants du djihad : ils pensent le XXI° siècle en faisant constamment référence à l’histoire des VII° et VIII° siècles de notre ère, époque de la foudroyante expansion de l’islam, par la conquête.

De ses petits-bourgeois allemands séduits par leur Führer, Ernst Bloch écrivait : « le subjectivement non contemporain, après avoir été longtemps simplement un aigri, apparaît aujourd’hui en colère. »

De même, ces barbus belliqueux sont des hommes en colère. Une rage purificatrice les anime. Comment leur parler ? C’était la question que posait Voltaire : « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? » Ils massacrent les chrétiens et les chiites, ils vendent comme esclaves sexuelles les femmes yazidies. Ils torturent et égorgent en ligne les soldats capturés.

Ce sont des crimes contre l’humanité . Ce sont des crimes de guerre . Ils sont commis sous nos yeux. Notre génération ne pourra pas dire : je ne savais pas, puisqu’ils exhibent leurs forfaits, les filment et s’en font une infâme publicité grâce à internet et aux réseaux sociaux.

Dans son ouvrage fameux De la Grande Guerre au totalitarisme, George Mosse décrit la manière dont l’expérience de la guerre de matériel, en 14-18, a préparé les mentalités aux idéologies totalitaires, en forgeant le concept de « brutalisation ». Une « grande leçons de brutalité a alors été apprise », écrit-il. Les combattants sont devenus insensibles à la mort – y compris à la leur. Leur vision de l’adversaire était déshumanisée ils n’avaient pas le sentiment d’appartenir à la même humanité. L’ennemi était désigné comme « un nuisible ». « Le processus de civilisation n’en sortit pas indemne », note George Mosse.

Ces hommes, qui avaient fait l’expérience d’une transgression radicale, se croyaient supérieurs, puisque délivrés de l’artifice des conventions. Ernst von Salomon , prototype de l’intellectuel fasciste allemand, écrit : « nous étions coupés du monde des normes bourgeoises, les liens étaient rompus, nous étions libérés . » Il leur en est resté, écrivait encore Mosse, « le sentiment d’avoir rompu avec les normes de la société en place », d’avoir pénétré du côté d’une autre vie, plus intense, plus virile.

Deso Dogg (pour DEvil’s Son), un rapper et star des sports de combat allemand, parti faire le djihad en Syrie, lance des appels sur internet : « Frères, je vous appelle au djihad ! C’est là que vous trouverez la liberté ! c’est ici qu’on vit pleinement. » Il a aussi posté des vidéos d’égorgement. Oui, c’est là qu’il a trouvé la liberté de torturer des hommes et de les traiter en animaux de boucherie.

Que faire de ces hommes « brutalisés » ? Certains survivront. Le cancer qui s’est développé au Moyen-Orient a déjà produit ses métastases : le groupe djihadiste Ansar Beit al-Maqdis, responsable de plusieurs attentats meurtriers en Egypte, vient de faire allégeance à l’Etat islamique. Mehdi Nemmouche , l’assassin du Musée juif de Bruxelles, avait fait le djihad en Syrie. Et l’imam fou de Sidney a affiché sur la vitrine du café Lindt le drapeau noir de l’Etat islamique. Selon le Spiegel, de nombreux jeunes Allemands d’origine immigrée sympathisent ouvertement avec les barbares de Syrie et d’Irak et manifestent, à l’occasion, leur solidarité avec eux.

Pourquoi la réaction militaire à cette terreur est-elle si pusillanime ? Doit-on attribuer cette passivité au racisme : ce sont des Arabes qui s’entretuent, ne nous en mêlons pas ? Ne conviendrait-il pas de confier un jour à un Tribunal Pénal International les hommes qui se sont rendus coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ?

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