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Khurram Zaki, militant des droits de l'homme, assassiné

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Son tout dernier texte, qui tirait les bonnes leçons de l'élection de Sadik Khan à la mairie de Londres, mérite d'être médité.

« Sadik Khan n’est pas Pakistanais. C’est un Britannique. Le mérite de son ascension et de son succès revient à son propre travail et au système britannique d’égales opportunités. Ni le Pakistan, ni l’islam n’ont joué de rôle dans son ascension météorique. Et il a démontré à tous les musulmans britanniques et aux Britanniques d’autres origines que quiconque critique ce système et le prétend discriminatoire est un menteur aux vues biaisées. Je célèbre aujourd’hui la grandeur de la démocratie séculariste occidentale. En ce jour de terrorisme Takfir/Deobandi ou encore wahhabite et d’islamophobie, Londres (…) est un exemple pour le monde.

Pouvons-nous nous-même élire un premier ministre ahmadi, hindou ou chrétien ? N’y songez même pas, on nous a retiré jusqu’au droit d’élire démocratiquement le maire de Karachi, la troisième ville la plus peuplée du monde, sur une base ethnique. Et c’est si stupide et honteux, pour nous Pakistanais, de ruiner ainsi nos propres succès, qui s’appellent Malala et Sharmeen Obaid-Chinoy. »

C’est le message que le militant pakistanais des droits de l’homme Khurram Zaki a publié sur sa page Facebook à l’annonce de l’élection de Sadik Khan à la mairie de Londres. Quelques heures plus tard, il était abattu à la terrasse d’un salon de thé par des tueurs en motos.

Khurram Zaki, 40 ans, journaliste de télévision, était l’un des rédacteurs du site Let Us Build Pakistan, souvent censuré par le pouvoir pakistanais. L’objectif proclamé de Let Us Build Pakistan est la propagation de la tolérance en matière religieuse. Dans un pays où le radicalisme islamiste a ses entrées au gouvernement, il s’en était pris par des moyens légaux à un certain nombre de prêcheurs de haine, tels que le religieux Abdul Aziz, une haute autorité de la Mosquée centrale d’Islamabad. Ce dernier, qui a fait allégeance à l’Etat islamique, multiplie les menaces contre les chiites. Khurram Zakhi avait tenté, sanssuccès, de le traduire devant les tribunaux pakistanais. Il avait subi de nombreuses menaces de la part des partis politiques proches des talibans.

Rappelons les persécutions dont sont victimes, dans ce pays, les minorités religieuses et en particulier les chrétiens. L’attentat commis contre les familles chrétiennes du 27 mars à Lahore, qui célébraient les fêtes de Pâques a fait 72 morts, dont 6 femmes et 29 enfants. L’attentat a été revendiqué par le groupe taliban Jamaat ul-Ahrar, qui a confirmé que les chrétiens étaient sa cible et qu’il attaquerait d’autres écoles dans l’avenir.

Nous, qui nous croyions bien à l’abri de ces violences confessionnelles, nous savons dorénavant qu’elles peuvent tout aussi bien tuer chez nous. Militer pour les droits de l’homme en Europe est nécessaire mais ne demande pas un courage héroïque. Mais nous devons manifester notre soutien, sous toutes les formes possibles, aux militants qui risquent, eux, leur vie dans des pays tels que le Pakistan. Khurram Zaki était l’un d’entre eux. Et considérer que la question qu’il posait, avant de mourir, « pouvons-nous nous-même élire un premier ministre ahmadi, hindou ou chrétien ? », celle de la réciprocité et de la tolérance, garde toute sa pertinence.

Dans nos pays, laïcs ou en tous cas sécularisés, l’appartenance religieuse ne doit jamais devenir un critère politique discriminant. On a un peu trop décrit la victoire du candidat travailliste à la mairie de Londres comme celle du « premier musulman à diriger une capitale européenne ». Lorsque David Cameron a été désigné comme locataire du 10, Downing Street, personne n’a éprouvé le besoin de le qualifier de « premier ministre protestant ».

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