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L'Afrique aussi, confrontée au djihadisme

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Le terrorisme menace de faire replonger des économies qui faisaient preuve de dynamisme.

Oui, les grands espoirs placés dans l’économie sub-saharienne font place au doute. Cette immense région, la mieux dotée du monde en ressources naturelles, a connu des taux de croissance spectaculaires avant la crise de 2008 : entre 7 et 8% l’an. Cela a provoqué l’émergence d’une classe moyenne relativement importante. Des métropoles économiques dynamiques, comme Nairobi, Lagos, Johannesbourg ont vu affluer les investissements et pousser les start-ups.

Las ! Sont intervenus depuis la chute des cours des matières premières, provoquée elle-même par l’atterrissage de l’économie chinoise. Les Chinois devenant moins gourmands en matières premières, leurs prix ont plongé. Les gros producteurs de pétrole que sont le Nigeria et l’Angola ont vu leur croissance plombée par la chute abyssale des prix du pétrole. Ces deux pays devront probablement se tourner vers le FMI cette année pour obtenir des plans de sauvetage. Et la croissance de l’Afrique s’essouffle : elle tourne actuellement autour de 3 %. Nous nous en contenterions volontiers en Europe. Mais l’Afrique, contrairement à l’Europe, connaît une croissance démographique impressionnante – sa population actuelle devrait doubler d’ici 2050, selon les Nations Unies. Aussi, une croissance moyenne se traduit par un revenu par habitant en stagnation.

Les raisons d’optimisme pour l’avenir cependant ne manquent pas. « Une grande partie de la croissance récente de l’Afrique, écrit l’ancienne ministre des finances du Nigeria, Ngozi Okonjo-Iwaela, est attribuable à des politiques macroéconomiques judicieuses et à une gestion économique avisée. » L’hebdomadaire britannique The Economist en convient, qui écrit de son côté : « La plupart des pays d’Afrique suivent des politiques économiques raisonnables, contrôlant les déficits, et gardant l’inflation sous contrôle. » Des petits pays comme la Côte d’Ivoire et le Rwanda connaissent une croissance rapide, par une simple amélioration du climat des affaires.

Autre source d’optimisme : l’Afrique est beaucoup plus paisible qu’il y a dix ans. Certes, il y existe des Etats faillis et des nations en proie au chaos, comme la Somalie, ou le Sud Soudan ; mais l’épouvantable guerre qui a ravagé la République du Congo, y causant 5 millions de morts, est en voie d’apaisement. Et la démocratie a beaucoup progressé sur le continent. La proportion de personnes vivant en état de pauvreté absolue reste la plus élevée au monde, mais les progrès sont là, puisque l’Afrique est passée de 58 % à 41 % de pauvres. Ce qui vérifie la loi d’Amrtya Sen : « là où existe la démocratie, la famine n’est plus possible. »

Reste que l’Afrique a besoin d’investissements colossaux pour s’insérer à son tour dans la mondialisation. La Banque mondiale estime leur montant à 93 milliards par an pour les seules infrastructures. Enfin, le développement de l’Afrique pourrait butter sur la menace terroriste qui, là aussi, tend à entraver l’économie. Boko Haram, au Nigéria, Ansar Dine au Mali, les shebab somaliens. Et en Afrique, comme partout dans le monde, prolifèrent les cellules cancéreuses de l’Etat islamique. Comme l’écrivent trois auteurs, dont deux responsables africains sur Project Syndicate, si les Etats africains ne sont pas capables d’offrir à leur jeunesse les emplois et les institutions dont elle a besoin, « les Etats feront faillite, et cela se traduira par l’appauvrissement et la radicalisation potentielle de millions de gens ».

Oui, décidément, il n’y a pas qu’au Moyen Orient et en Europe que le terrorisme djihadiste constitue une menace mortelle. C’est pourquoi ce spectre doit être combattu en commun. Pas plus en Afrique qu’en Europe, cela ne devrait se traduire par une régression de l’Etat de droit. Cet ennemi n’est ni « construit », ni « imaginaire ». Ce ne sont pas « des histoires que l’Occident se raconte », comme vous l’écrivez, Achille Mbembe (p. 85, 86 entre autres). C’est une réalité avec laquelle il faut compter, sans jamais renoncer à son éradication.

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