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L'atterrissage brutal de l'économie chinoise

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Que signifie le ralentissement de l’économie chinoise et en quoi nous concerne-t-il ? Vous avez remarqué, Guillaume, que je n’emploie pas le mot « impacter », qui m’écorche les oreilles.

Et d’abord, quelle est l’ampleur du phénomène ? Eh bien, il est impossible de le savoir. Les autorités chinoises annoncent une croissance redescendue à 7 % l’an. Les experts étrangers l’estiment plutôt aux alentours de 5 %, voire encore moindre. Les dirigeants régionaux ayant tout intérêt à annoncer des résultats en conformité avec les objectifs du comité central, les données rendues publiques ne sont pas fiables .

Chine
Chine Crédits : Radio France

Ce qui est sûr, c’est que l’économie chinoise a commencé à piquer du nez dès le début de l’année dernière. A ce moment, le gouvernement chinois paraissait gagner son pari celui d’un atterrissage en douceur d’une économie menacée de surchauffe. La nouvelle équipe dirigeante du Parti communiste chinois, menée par Xi Jinping, avait en effet, annoncé vouloir réformer le modèle de développement du pays. Celui-ci est trop basé sur l’exportation et les investissements il fallait donc le rééquilibrer en direction de la consommation intérieure , favorisée par une hausse faramineuse des salaires – plus de 10 % par an en moyenne, au cours des 10 dernières années. Et il fallait cesser d’être l’atelier du monde pour réorienter l’économie vers les services.

Déjà, l’an dernier, l’économiste Kenneth Rogoff s’interrogeait sur le sens d’une importante baisse de consommation de l’électricité en Chine, qui se répercutait, en amont, sur le secteur minier. Il constatait aussi une baisse significative des prix de l’immobilier, symptôme d’un malaise.

Ce malaise s’est transformé, au cours de cet été, en maladie de langueur. La Chine fait face à une crise de surcapacité . La Chine aurait produit, entre 2011 et 2013, davantage de ciment que les Etats-Unis durant la totalité du XX° siècle ! L’offre dans le domaine de l’immobilier de bureaux est excessive. Des tours entières demeurent vides. Des villes nouvelles, construites grâce aux énormes investissements du Plan de relance à 500 milliards de dollars de 2008, ont tout ce qu’il faut – excepté des habitants.

Plusieurs pays souffrent de cette panne chinoise . Les exportateurs de matières premières, fournisseurs des usines chinoises, comme l’Australie, l’Indonésie et le Brésil. Les exportateurs de pétrole et de gaz, déjà touchés par l’extravagante baisse des prix du brut, comme le Turkménistan, ou la Malaisie.

Et nous autres, Européens ? Le pays le plus affecté sera l’Allemagne : la Chine, premier marché automobile de la planète, absorbe 36 % de la production de Volkswagen. Mais l’impact sera limité : le marché chinois ne représente que 8% des exportations allemandes, contre 40 % pour les autres pays européens. On s’attend néanmoins, outre-Rhin, à une perte de 12 milliards d’euros. La France pourrait perdre un peu plus de 2 milliards, contre 3,2 milliards pour le Royaume Uni et 1 milliard 7 pour l’Italie. Les secteurs les plus touchés, chez nous : l’aéronautique, les machines-outils, le matériel électrique, les produits pharmaceutiques, le luxe.

Non, ce ne sont pas pour ses répercussions sur notre croissance que nous devons craindre le brutal atterrissage chinois. Mais bien pour ses conséquences intérieures sur le plan social et politique . Une crise majeure en Chine ajouterait à la montée des tensions à travers le monde.

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