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L'automobile européenne face aux géants américains du net

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Comment ont-ils pu faire une chose pareille ! Comment ont-ils pu salir une image aussi prestigieuse, détruire un mythe aussi fort de la culture américaine ! Car la marque Volkswagen s’est construite aux Etats-Unis non pas, comme chez nous, à partir de la Coccinelle, mais du « combi », que les Américains appellent « microbus ». Dans les années 60, 70, on croisait ces drôles de petits bus, intelligemment aménagés pour y dormir à plusieurs, sur toutes les routes du monde. Il a véritablement accompagné le mouvement hippie et la contre-culture à l’époque de Woodstock. Modeste et fonctionnel, dépourvu des pare-chocs en forme d’obus lourdement chromés dont raffolaient alors leurs parents, les baby-boomers avaient fait de lui l’emblème de leur toute neuve liberté. Il était bienvenu de peindre le combi de la communauté de grosses fleurs ou de motifs psychédéliques.

Devenus vieux, nombre d’anciens hippies étaient demeurés fidèle à la marque allemande. De ces glorieux débuts, elle avait conservé une image de robustesse fonctionnelle et de fiabilité : livrer ce qu’on promet. Qu’en reste-t-il ?

N’en doutons pas. Au-delà de Volkswagen, c’est toute l’industrie allemande dont le crédit est entamé. L’image d’infaillibilité et de sérieux qui s’attachait aux productions made in Germany est à terre. Les Français ne devraient pas s’en réjouir, car cette catastrophe peut fort bien rejaillir sur l’industrie automobile européenne tout entière . Le premier marché automobile de la planète, c’est la Chine. Nous verrons comment l’affaire est reçue là-bas.

Tout cela tombe très mal. Très mal, parce que l’industrie automobile peut s’attendre à subir la concurrence des géants du web, Apple et Google.

Vous avez remarqué que votre voiture comporte une part d’électronique embarquée de plus en plus impressionnante : elle s’autorégule, elle calcule votre itinéraire et vous l’indique, les sièges arrière se garnissent d’écrans… La voiture des années 2020 relèvera de l’internet des objets . Connectée et autonome, sa motorisation deviendra accessoire par rapport à ses capteurs embarqués, aux systèmes de traitement de données qu’elle offrira et de l’infotainment qu’elle sera capable de présenter à un conducteur. celui-ci sera tellement assisté que la conduite elle-même deviendra intermittente ou optionnelle. Or, les constructeurs automobiles ont toujours, dans ces domaines, un temps de retard sur les sociétés de la net-économie. Cela tient à leur rythme de conception.

Apple et Google ont aussi une longueur d’avance quant à la réflexion sur les usages de la voiture. Non seulement celle-ci est appelée à devenir bien autre chose qu’un simple outil de transport, mais l’air du temps est, de manière générale à l’optimisation de l’utilisation et à l’économie du partage. Les plateformes de mises en relation directe permettent déjà de partager les frais de transport avec d’autres personnes transportées. Demain, il est probable qu’on cessera d’acheter et de posséder une automobile, pour s’abonner plutôt à des services de transport fournissant des voitures et d’autres moyens de transport. I

Il est symbolique de voir nos vieux constructeurs automobiles européens chassés des Etats-Unis par une justice américaine décidément plus sévère avec nos banques (8 milliards d’euros d’amende pour BNP Paribas l’an dernier) que pour les siennes et plus exigeante envers Volkswagen qu’avec General Motors (seulement 900 millions de dollars pour des systèmes d’allumage défectueux, responsables de plusieurs dizaines de morts).

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