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L'Europe, menacée, n'est pas sortie de l'histoire

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L’Union européenne est née du désir de paix de deux nations qui, en se faisant trois fois la guerre en 75 ans, avaient fini par mettre l’Europe à feu et à sang. L’Allemagne et la France, en se liant de manière organique et indissoluble, ont entraîné, de proche en proche, la quasi-totalité des Etats européens dans une structure politico-économique originale, l’Union européenne. Celle-ci, tout en étant bien davantage qu’une simple structure classique de coopération régionale inter-étatique, ne possède pas non plus les outils d’une fédération. En particulier, elle n’a ni diplomatie, ni armée communes .

Une telle lacune se comprenait assez bien : l’Union s’élargit en pacifiant son voisinage . Le principe est simple : pour devenir membre du club et profiter des avantages économiques et commerciaux que confère l’appartenance, il faut avoir réglé une bonne fois tous les litiges qui vous opposaient à vos voisins. Plus l’Europe s’étend, plus la paix progresse. C’est à ce titre que l’Europe a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2012. D’ailleurs, depuis la chute de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide, l’Union, qui a intégré la plupart des anciennes démocraties populaires, n’a plus d’ennemis.

Elle se veut en paix avec le monde et, pour le démontrer, la plupart des Etats la composant ont réduit leurs forces armées à l’insignifianc e. Comme l’écrivait récemment Olivier de France, directeur de recherches à l’IRIS dans Les Echos, « nous sommes en passe d’atteindre, en Europe, un point d’inflexion à partir duquel (nos équipements militaires), comme autant de « capacités Potemkine » ne remplissent aucun objectif militaire autre qu’ornemental. » A cela, une raison, citée par le même chercheur : alors que les budgets de la Défense ne cessent de baisser, le coût des équipements ne cesse de croître.

Comme le rappellent cruellement les théoriciens de l’école réaliste, pour éviter les guerres, il ne suffit pas de se proclamer pacifique. Il faut aussi ne pas avoir d’ennemis, intéressés à entrer en conflit avec vous.

Or, nous vivons un moment historique que le président du Council on Foreign Relations, Richard Haas, qualifiait dans un récent article de Foreign Affairs, de « détricotage » de l’ordre international de l’après-guerre froide. Les Etats-Unis ont cessé d’assumer un rôle reconnu de garants de l’ordre international, reconnu de facto par toutes les puissances intéressées à la préservation des équilibres et des régulations existants. Et les acteurs désireux de remettre en cause à leur profit ces équilibres, en refusant ces régulations, qu’ils soient étatiques, comme la Russie, ou non-étatiques, comme les milices djihadistes, sont à l’offensive.

Face à la situation de plus en plus dangereuse qui en résulte, les Européens se cachent la tête sous le sable.

La France était bien seule au Mali. Toute l’Europe pourtant, a un intérêt vital à ce qu’un Malistan islamiste ne se constitue pas, du Mali à la Lybie, en passant par le Niger. La France envoie aussi un porte-avions à proximité de l’Irak. Mais quelles sont les autres forces européennes réellement impliquées dans une région dont les Etats-Unis semblent aussi pressés de se retirer qu’ils l’étaient d’y intervenir massivement, il y a douze ans…

Nous sommes aujourd’hui directement menacés : à l’est, par la Russie qui tend à recréer une sorte d’Union soviétique, hostile à notre système de valeurs comme à nos intérêts. Au Sud, par l’Etat islamique , qui a débordé de la Syrie et de l’Irak jusqu’en Libye et dont les dirigeants menacent de nous infiltrer de djihadistes en les mêlant aux centaines de milliers de personnes, qui attendent un embarquement vers l’Italie.

Disposons-nous des instruments d’une défense efficace ? Sachant que les budgets de la défense, Etat par Etat, en Europe, sont faibles, pouvons-nous imaginer la mise en commun de nos moyens ? Quelle serait la place de la France dans une défense européenne véritablement commune alors que, comme le démontre le livre de Yvan Stefanovitch, nous entretenons à grands frais une armée calibrée pour mener, en Europe centrale, des combats du temps de la guerre froide . Nous maintenons, dans des casernes de sous-préfecture des véhicules blindés obsolètes et qui rouillent, des personnels surnuméraires, quand nous manquons cruellement de forces à déployer dans des conflits lointains.

Nous n’avons pas ou peu de ces équipements nécessaires aux guerres du XXI° siècle, tels que les avions AWACS ou les drones. Comment expliquer, pour prendre cet exemple dans l’actualité récente, que des drones puissent surveiller nos centrales nucléaires et autres installations sensibles sans que leurs pilotes puissent être détectés et identifiés ?

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