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L'heure des fondations solides pour l'Euroland

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La zone euro se contente de peu , relevait dernièrement Jean Pisani-Ferry, actuel patron de France Stratégie. En effet, se vanter de renouer avec la croissance (à 1,5 %, cette année et 1,9 l’année prochaine), quand on a autant d’atouts dans son jeu, cela démontre des ambitions plutôt limitées. Nous bénéficions actuellement d’une conjoncture exceptionnellement favorable. Rappelons-en les composantes :

Primo, des taux d’intérêt nuls . Je renvoie à la note de Daniel Gros, du think tank European Policy Studies. Grâce aux astuces de la BCE, nous sommes dans une situation où « la dette peut être reportée indéfiniment à taux nul » elle « devient de facto perpétuelle ».

Deuxio, des prix du pétrole qui ont chuté de moitié , grâce à l’exploitation de leurs pétroles de schiste par les Américains, qui sont devenus les premiers producteurs d’or noir au monde. Une révolution dont nous bénéficions en Europe.

Tertio, une baisse de l’euro qui booste des exportations des pays qui ont fait de réels efforts de compétitivité, comme l’Espagne.

Quarto, l’abandon de facto et en toute discrétion des politiques d’austérité.

Pourtant, le potentiel de croissance de la zone euro demeure préoccupant. Selon Mario Draghi, elle « risque d’aller de crise en crise jusqu’à ce que son existence même soit remise en question ». Même son de cloche chez un bon observateur de la vie économique, l’ancien Secrétaire au Trésor de Bill Clinton, puis chef du Conseil économique national d’Obama, Larry Summers. « Il ne faut pas croire que l’économie européenne a rebondi », met-il en garde dans Les Echos.

Euroland
Euroland Crédits : Euroland - Radio France

Plusieurs problèmes demeurent irrésolus.

Il y a d’abord, et c’est l’actualité brûlante, le risque grec . Les Grecs anticipent manifestement un défaut de paiement de leur pays. Depuis le début de l’année, ils ont sorti 30 milliards des banques de leur pays , pour les transférer sur des comptes étrangers. Les banques grecques ne parviennent à faire face à cette fuite des capitaux que grâce à l’aide du véritable « robinet à liquidité » ouvert pour Athènes par la BCE. L’annonce de la fermeture des banques et du contrôle des changes rappellerait, si elle devait être décidée par le gouvernement, le scénario chypriote.

Mais la Grèce a déjà bénéficié d’une importante restructuration. Les électeurs de pays comme la Finlande, la Slovaquie, les Pays-Bas et l’Allemagne rechignent de plus en plus à se faire repasser l’ardoise dans un Euroland, qui n’avait pas été conçu comme une union de transferts. Aussi démocratiquement qu’il ait été élu, un gouvernement ne saurait décréter unilatéralement la gratuité des emprunts . C’est pourquoi le risque de défaut grec mobilise aujourd’hui les ministres de finances, puis les chefs de gouvernement de la zone euro. Les avis divergent sur le risque de contagion d’un défaut grec. Il est beaucoup moins élevé qu’il l’était il y a deux ans.

Mais l’affaire grecque, qui monopolise l’attention des médias, nous cache d’autres dossiers, certainement plus importants à terme. Ainsi, la politique énergétique commune , qui fait cruellement défaut. Et aussi le fait que, pour la première fois de notre histoire, l’Europe ait manqué une révolution technologiqu e : les Etats-Unis ont pris une telle longueur d’avance dans le domaine du numérique et de l’internet qu’ils semblent irrattrapables. Où sont les Microsoft, Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix et Uber européens ?

Plusieurs appels ont retenti, ces derniers jours, en faveur d’un accroissement des responsabilités confiées à la zone euro, notamment celui co-signé par les ministres de l’Economie allemand et français, Sigmar Gabriel et Emmanuel Macron. Le Conseil européen doit examiner aujourd’hui un Rapport cosigné par les présidents de la Commission, de l’Eurogroupe, et du Conseil lui-même. On y lit : « l’UEM est une maison qui a été construite il y a des années, mais qui n’est pas terminée. Quand la tempête est venue, ses murs et son toit ont dû être consolidés. Il y a aujourd’hui urgence à consolider ses fondations. » Le moment n’est-il pas venu, en effet, d’une intégration plus poussée des politiques budgétaires nationales ? D’une gouvernance de l’Euroland, dotée d’un budget propre ? Ne serait-ce que pour faire face à une prochaine crise financière face à laquelle nous serions fort démunis, puisque toutes les armes dont nous disposions sont déjà utilisées à plein régime…

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