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L'islam, obligatoire, les Lumières facultatives

4 min
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Jean-Pierre Le Goff avait dénoncé, dans un petit ouvrage réjouissant, La barbarie douce, la contamination de la langue pédagogique par celle du management et de la communication. Plus que d’une mode, visant à intimider les non-initiés par l’usage d’un jargon pseudo-savant , Le Goff montrait que ce type de pédanterie vise rien de moins qu’à la destruction de la culture .

Toute la presse s’est amusée des périphrases utilisées par les auteurs du Conseil supérieur des programmes, pour désigner des activités aussi triviales que la natation en piscine (« Se déplacer de façon autonome, plus longtemps, plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé ») de cette autre pour désigner le tennis ou le badminton (« duel médié par une balle ou un volant »). J’aime bien aussi : « coopérer pour s’adapter collectivement à la confrontation adverse dans le but de remporter le match », ainsi que « construire des rapports aux autres positifs dans le cadre d’un affrontement éclairé par la culture des activités », expressions qui pourraient être traduites par : éviter de tirer contre son propre camp même si le gardien de but n’est pas un copain et ne pas distribuer de coups de poings lors d’un match de foot, ni donner de coups de boule au rugby, car cela ne correspond pas aux règles.

Mais force est de constater, à la lecture du Projet de programme pour le Cycle 4 du Conseil supérieur des programmes, que ce sont surtout les spécialistes d’Enseignement Physique et Sportif qui traînent encore cette mauvaise habitude jargonnante. Chez les autres, elle est en voie de disparition. Je remarque d’ailleurs, ce conseil donné aux professeurs de français : « dans l’étude de la langue, l’inflation de terminologie doit être évité », qui sonne comme une autocritique. Combien de collégiens ont été définitivement dégoûtés de la littérature par des enseignants obsédés de linguistique !

Je ne suis pas choqué plus que cela par le mot d’ordre « Aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs », qu’on dirait sorti d’une parodie par Philipe Muray de la doxa multiculturaliste, puisqu’elle sert à donner un sens à l’apprentissage des langues étrangères.

Non, ce qui passe beaucoup plus mal, c’est, pour commencer, la suppression des classes bi-langues et européennes . Elles sont condamnées pour leur « élitisme ». Les parents avertis savent qu’elles permettaient d’inscrire précocement leurs rejetons dans des filières d’excellence. Et ne soyons pas hypocrites : elles ne sont pas fréquentées majoritairement par les populations défavorisées. Mais la conséquence de leur suppression sera inévitablement la poursuite de la dégringolade de l’apprentissage de l’allemand – ce dont s’est ému Jean-Marc Ayrault en personne.

Provoque aussi de l’inquiétude, l’invitation, faite aux professeurs de mêler les activités disciplinaires et interdisciplinaires ». Si l’objectif proclamé ne peut inspirer que l’approbation créer « l’expérience de regards différents sur des objets communs », on se demande comment il pourra être possible de « construire des liens entre les arts du langage et les autres arts », en l’absence de toute perspective historique du côté de la littérature.

Enfin, il y a ces programmes d’histoire de la classe de 5°, au titre desquels est obligatoire l’étude de l’islam, débuts, expansion, société et culture , tandis que sont facultatifs les empires byzantins et carolingiens . Obligatoire l’émergence du roi absolu, facultatifs, la pensée humaniste et les Réformes.

En classe de 4°, obligatoire, « Un monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières. Facultatif : société et culture au temps des Lumières . « Absurde ! », selon le secrétaire général de l’association des professeurs d’Histoire-géographie, Hubert Tison, « A croire qu’il ne faut pas heurter certaines sensibilités religieuses . »

Et Pascal Bruckner de dénoncer « un choix idéologique ». « Il y a sans doute une volonté d’ouverture politique à l’égard de l’islam, un souci de plaire aux nouveaux arrivants, en supprimant tout ce qui peut les heurter : l’enseignement d’un autre monothéisme et l’exercice d’un esprit critique. Mais comment peut-on comprendre la France, sans connaître « le manteau de cathédrales qui la recouvre » ? Comment comprendre qui nous sommes, si l’on ne sait pas d’où l’on vient ? » Et Bruckner de poursuivre qu’en agissant ainsi, « On méprise les Français d’origine immigrée, qu’on croit incapables d’intégrer notre trésor national et on prive les Français de leur histoire. »

Le grand l’historien de la Révolution et de l'Empire, Patrice Gueniffey, dit ce matin, dans une interview au Figaro : " Tout ce qui rappelle les racines chrétiennes de la France et le fait national est passé sous silence. (…) Tandis que les thèmes qui entrent en résonance avec les préoccupations actuelles – esclavage, génocide, ou condition des femmes obtiennent une place disproportionnée. En vérité, il s’agit plutôt de morale que d’histoire . » L’histoire doit-elle être mise au service de la formation de l’esprit civique et du fameux « vivre-ensemble » ? Ou peut-elle demeurer une étude désintéressée des faits du passé ?

Plus généralement, notre système scolaire, dont la logique de fonctionnement cachée vise à sélectionner une élite, en abandonnant toujours davantage les autres à la médiocrité et à l'inculture , peut-il être réformé par la suppression des filières d'excellence et le renoncement à la culture ?

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