LE DIRECT

L'UE : au milieu du gué ou en danger de noyade ?

3 min
À retrouver dans l'émission

L’intégration européenne est en panne. L’histoire de notre Union traverse sa pire crise, celle qui pourrait bien lui être fatale. Pouvons-nous accepter que l’œuvre des Jean Monnet, Robert Schuman et Jacques Delors, soit détruite ? Que pèseraient nos petites nations européennes , dans un monde où la Chine compte déjà un milliard 400 millions d’habitants, où les Etats-Unis atteindront les 400 millions en 2050, et où, à cette date, la population de l’Afrique aura doublé, passant d’un milliard deux aujourd’hui, à deux milliards 400 cent millions ? Ce sont des données qu’il faut avoir en tête, lorsqu’on fait le constat des impasses dans lesquelles nous sommes empêtrés.

Il y a la crise de l’euro . La monnaie unique était censée nous protéger des vents mauvais du large : elle n’a nullement empêché la crise (américaine) des subprimes de nous atteindre. L’euro devait faire converger nos économies. Il semble qu’il ait eu, au contraire, tendance à les faire diverger, en les spécialisant.

Il y a la crise des migrants : elle fait apparaître un véritable fossé culturel entre les pays centre-européens et ceux de l’Europe de l’ouest. L’Union européenne apparaissant ouverte à tous, l’espace Schengen est remis en question. Notamment par ceux qui érigent, à leurs frontières, des murs de barbelés. Mais l’Allemagne elle-même, annonçait hier la suspension de l’entrée des trains de migrants en provenance d’Autriche, en contravention avec les règles communautaires.

La Grande-Bretagne , la deuxième plus puissante économie de l’UE, est tentée de prendre le large à l’occasion d’un imprudent référendum. Il n’y a pas qu’en Grèce qu’on discute des avantages qu’il y aurait à quitter la zone euro : en Allemagne aussi, on commence à évoquer cette éventualité.

L'Europe en crise de croissance
L'Europe en crise de croissance Crédits : UE - Radio France

Ce n’est pas un mystère : l’intégration européenne a été conçue par des dirigeants « éclairés » qui savaient que les peuples n’étaient pas prêts à les suivre, pour cause de traumatismes consécutifs aux deux guerres mondiales. Ils ont imaginé une manière d’avancer, qui passait notamment par la création de situations de déséquilibres . Celles-ci appelaient des solutions requérant davantage d’intégration. Cela a plutôt bien fonctionné par le passé. Cette fois, ça coince.

Selon les uns, parce que nous serions au milieu du gué , dotés d’une monnaie sans avoir les institutions et les politiques correspondantes. Parce que la création de la zone Schengen aurait dû être suivie d’une politique de l’immigration commune et du contrôle, en commun, des voies d’accès à l’UE. Selon les autres, parce que des institutions supra-nationales hors contrôle démocratique, auraient imposé des corsets aux peuples souverains comme ils imposent aujourd’hui des quotas de migrants aux nations européennes sans leur demander leur avis.

Fédéralistes contre souverainistes , cette opposition transcende le clivage droite/gauche. On a pu relever, lors des référenda de septembre 92 (Traité de Maastricht) et mai 2005 (Constitution), qu’existait, au sein de chacun de nos deux grands partis de gouvernement, une profonde divergence sur les questions européennes. Aujourd’hui encore, cette divergence subsiste à gauche, où existe un fort courant souverainiste derrière Arnaud Montebourg . Mais à droite, la ligne Seguin n’a pas complètement disparu : voyez Laurent Wauquiez .

Il est peu probable que notre vie politique se réorganise autour de cette ligne de fracture. Cela aurait pourtant le mérite de la clarté.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......