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L'UE n'assume pas la surveillance de ses frontières

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En septembre, la Hongrie de Viktor Orban annonçait l’érection d’un mur de barbelés le long de la frontière avec la Serbie. Le mois suivant, elle en édifiait un autre du côté de la Croatie, ne laissant subsister que les postes-frontières officiels, contrôlés au compte-goutte par des douaniers et des policiers. Orban a beau jeu de souligner qu’il ne fait qu’appliquer les règles du Code Schengen. Elles font obligation aux pays limitrophes de contrôler les frontières extérieures de l’Union . C’est à ce prix que nous avons pu supprimer de facto les frontières intérieures. Du reste, de tels murs de barbelés de barbelés existent déjà entre la Grèce et la Turquie, d’une part, entre la Bulgarie et la Turquie, de l’autre comme aussi entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta.

Du coup, fin octobre, c’est la Slovénie, devenue le lieu de transit vers l’Allemagne, qui se déclarait saturée : en un seul week-end, elle avait dû accueillir 20 000 migrants, soit 1% de sa propre population . Et le 29, la ministre de l’Intérieur autrichienne, Johanna Milk-Leitner, annonçait l’intention de son pays de mettre en place une barrière avec la Slovénie, pour contrôler le flux des arrivants. Depuis, c’est le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer qui accuse l’Autriche de chercher à se débarrasser des migrants en les transportant vers l’Allemagne.

Certes, l’opinion publique allemande demeure largement favorable à l’accueil des migrants (à 75 %). Mais le pourcentage des sondés qui estiment que leur pays a les moyens d’accueillir toutes ces personnes baisse rapidement. Et la coalition CDU/CSU est en train de se briser sur la question.

migrants en Hongrie
migrants en Hongrie Crédits : AFP - Radio France

Contrairement à une idée reçue, l’Union européenne n’est pas une citadelle , une forteresse, fermée sur elle-même. L’an dernier, ses 28 membres ont accordé 2 millions 300 000 titres de séjour à des ressortissants extracommunautaires (Eurostat 185/2015). Tous n’ont pas vocation à rester. En particulier, les 477 000 étudiants qui viennent se former en Europe. En outre, le nombre d’immigrés entrés illégalement, estimé par Frontex, tournait ces dernières années, autour de 100 000 par an. Et l’Europe accorde en outre assez libéralement l’asile politique 625 000 personnes en ont déposé une l’an dernier.

Mais cette année marque le début d’une migration massive et qui semble incontrôlée . L’immigration légale, qu’elle soit destinée au travail, ou au regroupement familial n’est plus distinguée de l’immigration économique. Et les personnes auxquelles devrait être reconnu le droit d’asile ne sont pas distinguées de celles qui ne sauraient en bénéficier. Nos dirigeants ont beau proclamer que les migrants économiques, venus des pays des Balkans en particulier, n’ont pas « vocation à demeurer en Union européenne », on ne voit pas comment on pourrait expulser plusieurs centaines de milliers de Serbes, d’Albanais et de Monténégrins, à la recherche de travail en Allemagne ou en Suède.

Dans son Rapport de prévisions économiques, la Commission européenne écrit attendre « au total trois millions de personnes supplémentaires dans l’Union européenne » entre 2015 et 2017. Elle s’en félicite pour des raisons économiques, preuve qu’elle n’a pas l’intention d’exercer le contrôle aux frontières qui est de sa responsabilité.

Dans le jeu institutionnel entre les Etats, représentés par le Conseil et la Commission , cette dernière entend s’arroger le pouvoir de répartir les migrants entre les Etats. Ceux-ci ont fait savoir qu’ils ne renonçaient pas exercer leur souveraineté. C’est notamment le cas du gouvernement français.

La doxa médiatique , étrangement silencieuse sur le phénomène depuis le début de ce mois et qui n’a plus d’yeux que pour la « jungle » de Calais, va répétant que les frontières sont d’insupportables barrières, des prisons pour les peuples que l’homme nouveau sera un nomade sans attaches nationales - ce qui le rendra fortement dépendant de sa communauté d’appartenance...

Il faudra qu’on nous explique dans quel cadre pourrait alors s’exercer la souveraineté populaire ainsi que la solidarité sociale . Jusqu’à preuve du contraire, l’Etat universel demeure une utopie et c’est dans le cadre des Etats-nations que nous conservons le droit de choisir nos dirigeants. Quant à l’Union européenne, elle apporte chaque jour de nouvelles démonstrations de son incapacité à faire advenir l’Etat européen dont j’ai pu rêver autrefois. En particulier, en se montrant incapable de gérer la crise migratoire….

Un conseil de lecture, pour conclure : Indispensables frontières de Thierry Baudet (Editions du Toucan)

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