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La BCE jette-t-elle de l'huile sur l'incendie ?

4 min
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Inonder les marchés de liquidités, afin de soutenir la dette publique ne semble produire aucun effet positif sur l'économie réelle.

Comme beaucoup de Français, vous vous faites du souci pour vos vieux jours : les retraites du secteur privé qui vont s’amenuisant, ne sont pas garanties. Il vous faudra des économies, afin de compléter la vôtre. Vous n’avez pas la mentalité d’un boursicoteur et voulez placer votre épargne dans un produit financier solide et sûr : rentabilité faible, risque zéro. Mais bien sûr ! Des bons du Trésor allemands. Voilà un Etat européen qui ne risque pas la banqueroute, ni la restructuration. Et la rentabilité ? Hé bien, elle est inférieure à zéro. Quoi ? Vous allez devoir payer pour prêter de l’argent ? Oui, c’est à peu près ça. La BCE rachetant chaque mois pour 80 milliards d’euros de dettes publiques, certaines obligations souveraines ont désormais des rentabilités négatives. Du jamais vu. Mais ne vous faites pas de souci : tant que la BCE continuera à en racheter par paquets, le prix de revente des obligations souveraines, en Europe, continuera à grimper. Même celles de la Grèce.

Quel rapport avec la situation de l’économie ? Aucun. On est dans la spéculation pure, déconnectée de toute performance économique réelle. En bon français, cela s’appelle une bulle. Et ces bulles, la BCE les a multipliées en arrosant les marchés de liquidités.

Ça partait d’une bonne intention : afin d’aider les Etats de la zone euro à faire face aux échéances de leurs dettes, la Banque centrale européenne s’est mise à la leur racheter. En fabriquant de l’argent et en contradiction avec les textes lui fixant sa mission, dont on se souvient avoir lu qu’ils lui interdisaient de tels achats. Mais rappelez-vous : il y avait le feu ; et faute d’une aide immédiate et massive, certains Etats européens se trouveraient dans la situation de la Grèce : incapables de faire face à leurs remboursements. On leur donnait ainsi une bouffée d’oxygène, afin qu’ils aient le temps de se réformer et de rééquilibrer leurs comptes. L’ont-ils fait ? Certains, oui, comme l'Irlande, l'Espagne et l'Italie. Mais des Etats comme le nôtre ont aggravé leur situation. La dette publique française est en train d'atteindre les 100 % de PIB dans l’indifférence générale. Pourquoi réformer, quand c'est politiquement risqué, alors qu'emprunter ne coûte rien ?

Vous me direz : toutes les banques centrales du monde ont fait la même chose : du quantitative easing. Dès 2008, la FED a ramené ses taux à zéro pour cent. La Banque du Japon a fait encore plus. Dans quel but ? Ranimer l’inflation, afin de faire baisser la valeur des dettes ; et ranimer l’économie en rendant le crédit abondant.

Avec quels effets ? Faibles ou nuls. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la croissance est repartie cahin-caha. Et on envisage de mettre fin progressivement à la politique du bazooka monétaire. Au Japon et en zone euro, par contre, les résultats ne sont pas au rendez-vous : l’inflation est inexistante. Et la croissance s’essouffle. Pas étonnant, explique l’économiste Daniel Gros : les taux négatifs profitent aux pays qui connaissent une balance extérieure déficitaire. Ce qui est le cas des pays anglo-saxons, mais pas de l’Europe.

Serait-ce que la médecine n’est pas bonne ? Les Allemands et les Néerlandais en sont persuadés. Ce n’est pas parce que les marchés financiers et les banques sont gavés d’argent que les entreprises empruntent pour investir, ou que les consommateurs s’endettent pour consommer. L’argent n’a jamais été aussi abondant, mais l’économie réelle n’en profite pas. Les banques estiment que si elles cessent complètement de rétribuer les comptes-épargnes, comme elles le devraient en bonne logique, elles vont les voir filer. Pour maintenir leurs marges, elles se rattrapent donc sur les crédits.

On ne fait pas redémarre une voiture à l’embrayage cassé, en lui donnant toujours plus d’essence, écrit Sylvester Eijffinger, un professeur d’économie néerlandais. Plus grave encore, estime la presse d’Outre-Rhin : « boursicoteurs et politiciens se sont habitués à l’argent pas cher comme à une drogue, censée résoudre tous les problèmes ». Mais lorsque les bulles spéculatives finiront par éclater, la BCE s’apercevra qu’elle a épuisé toutes ses cartouches. Alors la vraie crise commencera. Et vos pauvres économies seront dévorées par un effondrement de la monnaie dans laquelle vous les aurez faites. Tiens, comme c’est bizarre, le cours de l’or s’envole…

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