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La croissance allemande patine

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Jusqu’ici, tout va bien … La réplique fameuse de Steve MacQueen, dans Les 7 mercenaires, a été beaucoup recyclée par le cinéma et la télévision, en France. Elle en est venue à caractériser ces inconscients dont on sait qu’ils vont s’écraser au sol, mais qui se rassurent à peu de frais en voyant défiler les étages. Jusqu’ici, tout va bien… La situation économique de l’Allemagne est-elle comparable ? C’est, en tous cas, ce que voudraient croire bien des Français, exaspérés par la bonne santé et la bonne conscience des amis et rivaux allemands et qui lui prédisent : plus dure sera la chute.

Côté pile, tout va bien, en effet : la réunification, si elle a coûté très cher (près de 2 000 milliards d’euros), est un succès. Certes, la productivité des Länder de l’Est demeure légèrement plus faible que celle de l’ouest, mais le revenu par tête des Ossies, qui était deux fois plus faibles que celle de leurs compatriotes occidentaux en 1991, a rattrapé presque entièrement son retard (90 %). La réussite de la réunification est incarnée par deux personnes : la chancelière Merkel, réélue et le président Joachim Gauck, tous deux nés dans l’ancienne RDA.

Grâce aux réformes Schröder, l’Allemagne est proche du plein emploi, avec un taux de chômage tellement bas qu’il provoque une sensible hausse des salaires . Ceux-ci vont progresser de 2,8 %, cette année, et encore de 3,3 %, l’an prochain, d’après la Commission européenne. La compétitivité de l’industrie allemande en a fait une formidable machine à exporter. Last but not least, non seulement la croissance n’est pas acquise au prix d’un fort déficit budgétaire – comme s’obstinent à le croire les Français, mais au contraire, elle s’accompagne d’un appréciable excédent : les finances publiques allemandes ont dégagé un surplus de 16 milliards au premier semestre de cette année. Avec un tel taux d’emploi, pas de soucis à se faire pour les comptes sociaux : les caisses sont, elles aussi, excédentaires. On évitera les comparaisons avec la situation française. Elles seraient trop cruelles…

Mais il y a le côté face. Oui, l’Allemagne continuera, cette année, à afficher un excédent commercial proche de 200 milliards, comme l’an dernier , tandis que nous sommes nous, déficitaires, depuis dix ans. Mais le made in Germany a moins la cote hors de l’Union européenne. Les exportations s’essoufflent. On trouve à cela des causes conjoncturelles : la crise ukrainienne et les sanctions envers la Russie pénalisent l’économie allemande, dont Moscou est un gros client la croissance est plus modeste en Chine, grosse consommatrice de machines-outils et de puissantes berlines.

Mais il y a peut-être aussi des causes structurelles. Celles que décline l’économiste Marcel Fratzscher, dans un livre très commenté, die Deutsche Illusion. Pour cet économiste, le pays vit sur ses acquis il n’investit pas suffisamment. Ses équipements et ses infrastructures vieillissent au même rythme que sa population. L’Etat allemand est pingre : les investissements fédéraux se montent à un faible pourcentage (1,6 % du pourcentage), la moitié de ce que leur consacre Paris (3,2 %). Plus grave, peut-être, la productivité du travail, autrefois impressionnante, ne progresse guère.

Résultat : la croissance allemande patine . Elle a été revue à la baisse, pour cette année, à un rythme modeste : 1,3 %. Elle ne devrait pas dépasser 1,2 %, l’an prochain. Performance presque aussi médiocre que celle de la France, c’est dire.

Si elle veut continuer à donner le la en Europe, l’Allemagne doit démontrer, à travers son propre exemple, que ses recettes (les réformes de structure, le sérieux budgétaire, le gouvernement de coalition) fonctionnent. Est-ce encore le cas ?

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