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La démocratie, rétablie par une armée ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Comme tout paraît simple vu d’Europe ! Chaque conflit y est perçu, en dernière instance, comme provoqué par la résistance que les forces réactionnaires et obscurantistes opposent à la marche inexorablement victorieuse de la démocratie et des droits individuels ! En premier lieu, le cléricalisme et la soldatesque. Sous leurs coups, le Camp du Bien peut, sans doute, subir ici ou là quelque recul provisoire mais les porteurs de Lumières sont censés accomplir le mouvement même de l’Histoire. Et le happy end hégélien est garanti par contrat : la victoire leur reviendra. Courage ! La liberté vaincra.

Mais si ce schéma s’appliquait peut-être au Chili, d’il y a quarante ans, il peine à rendre compte de ce qui se passe dans le monde arabe en ébullition. Prenez l’Egypte.

Il y a là, encore, une lecture simple et « européenne » des évènements : Une Egypte moderne et laïque est descendue deux fois dans la rue. La première contre Moubarak, despote de l’âge des nationalismes, la seconde contre Morsi, islamiste moyenâgeux. Les Egyptiens, peuple lucide, n’auront pas été longs à comprendre que l’islam n’est pas « la solution » à tous les problèmes , contrairement à ce que leur répétaient les Frères Musulmans. Non, l’islam ne fournit pas d’électricité, l’islam n’empêche pas la hausse des denrées alimentaires de base, l’islam ne rétablit pas l’ordre, l’islam ne fait pas revenir les touristes… Surtout quand on nomme gouverneur un ancien chef terroriste, comme Adel el-Khayat, à Louxor !

Sauf que l’Egypte n’est pas un pays laïc la société y est islamisée en profondeur et les libéraux, une poignée. Sauf que Mohamed Morsi a été élu président de la République au cours d’élections libres . Et que ses tombeurs sont des militaires, pas plus réputés qu’ailleurs pour favoriser les droits de l’homme. Une armée égyptienne qui a mal supporté que le président les ignore pour entamer des négociations avec le Soudan. Une armée égyptienne qui se considère comme garante de l’unité nationale et qui s’est sentie humiliée que le président Morsi aille chercher l’aide financière du petit Qatar. Mais on sait, même en France, combien le richissime émirat investit systématiquement dans l’islamisme pour mieux rayonner aux dépends du grand frère saoudien.

C’est une lapalissade : les militaires sont rarement les promoteurs de la démocratie – même si on connaît quelques cas où ils l’ont rétablie, comme la Révolution des œillets portugaise. Alors oui, derrière l’armée égyptienne, il y avait sans doute des millions de gens, qui étaient descendus dans les rues des grandes villes. Mais comment un rassemblement hétéroclite de syndicalistes, de libéraux, de salafistes, de partisans de Moubarak et surtout d’une immense masse de déçus des Frères musulmans, aspirant surtout à la stabilité -pourraient-ils s’entendre sur une formule de sortie de crise ?

Un gouvernement de technocrates apolitiques, respectant l’Etat dans l’Etat qu’est l’armée égyptienne ne peut assurer qu’une transition. Comment croire que les Frères musulmans, seule force politique et sociale organisée, qui a résisté un demi-siècle d’oppression, se laissera dépouiller de sa victoire électorale ? Morsi avait rassuré les Américains en garantissant le maintien de la paix avec Israël – ce qui lui a valu le soutien de l’ambassadrice américaine. Mais le Sinaï est le théâtre d’affrontements de plus en plus graves, qui témoignent d’une montée des tensions. L’Egypte est le plus grand des pays arabes, celui qui donne le ton. La manière dont elle surmontera ou non sa crise aura d’énormes répercussions. Comment voyez-vous les semaines à venir ? Qu’en pense-t-on à Tunis ? A Damas ?

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