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La "dictature des marchés", ça n'existe pas.

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José Socrates, George Papandréou, Berlusconi, Zapatero…Et encore un qui tombe, victime des marchés… Dorénavant, les gouvernants doivent passer devant leurs électeurs tous les quatre ou cinq ans - c’est la démocratie, mais en outre, toutes les semaines, devant les agences de notation, les spreads de taux d’intérêt et autres CDS. Certes, ces indicateurs sont censés mesurer le risque – la capacité des Etats à honorer leur parole et à payer leurs dettes. Mais ils ont aussi un effet en retour : plus la note est mauvaise, plus le crédit devient cher, plus s’endetter alourdit la dette existante… et aggrave la possibilité qu’elle ne soit pas remboursée en totalité.

La « dictature des marchés », bien sûr cela n’existe pas. Si les électeurs espagnols avaient voulu sanctionner la (tardive) politique de rigueur des socialistes, ils auraient voté pour l’équivalent de notre Parti de Gauche. Or Izquierda Unida n’obtient que 11 sièges moins que les nationalistes catalans, 16. Ils ont voté massivement pour la droite qui leur promettait de remettre de l’ordre dans leurs finances publiques.

Les « marchés » relèvent de cet imaginaire inquiétant qui, par temps de crise, cherche des boucs émissaires commodes aux échecs collectifs. Lorsque les problèmes deviennent trop complexes, requièrent des compétences et des informations qu’il est difficile d’acquérir et de maîtriser, on peut toujours se consoler des malheurs du temps en accusant l’étranger, « l’immigré qui vient voler le travail des Français », « siphonner nos cotisations sociales», et à l’autre bout, le « Juif apatride », « les élites mondialisées », « les banquiers avides de profits faciles ». Depuis qu’Obama est président, la mise en accusation de « l’impérialisme américain » a moins cours. Reste donc « les marchés », cette puissance occulte et ténébreuse, acharnée à vouloir le malheur des peuples et la ruine des Etats.

Il existe pourtant un moyen très sûr d’échapper aux griffes de son banquier : c’est de cesser de lui emprunter de l’argent et de commencer à rembourser ses dettes… Personne n’est contraint d’accepter les propositions scandaleuses des agences de crédit-revolving.

Comme l’a dit Michel Pébereau, Grand Prix de l’économie 2011, dans son discours de rentrée des Cinq Académies : « Les politiques des Etats sont aujourd’hui jugées par les marchés. Cette situation, difficile à supporter pour des élus, est la conséquence d’une réalité : certains Etats sont trop endettés. Les investisseurs s’interrogent sur la soutenabilité de leurs dettes. C’est légitime, car ils gèrent, pour la plupart, l’épargne du public. Pour retrouver leur indépendance, il faut et il suffit que les Etats qui l’ont perdue, maîtrisent leur dette publique et assurent l’équilibre, sur un cycle économique, de leur budget. C’est ce que, pour la plupart, les pays de la zone euro ont – enfin – entrepris de réaliser. »

Le problème, c’est que cette séquence historique suive de près celle de la première moitié des années 2000, durant laquelle on a chanté la capacité des marchés à s’auto-réguler. Avec les résultats qu’on a vus : crédits « subprime » proposés aux ménages pauvres, incités à spéculer sur la hausse des prix de l’immobilier américain, « produits financiers structurés complexes », nés de l’imagination maniaque des petits génies de la finance – qui se sont bien « gavés »…

Les marchés financiers, plus que tout autre, ne peuvent fonctionner sans être régulés. Mais peuvent-ils commencer à l’être à une autre échelle que celle de l’Europe ? Qu’en pensez-vous, Jean-Pierre Jouyet ?

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