LE DIRECT

La droite en guerre des chefs

4 min
À retrouver dans l'émission

Qu’est-ce qu’être de droite ? Dans notre pays, la droite ne s’identifie pas avec le conservatisme : certains gouvernements de droite ont accompli quelques unes des grandes réformes de notre histoire, depuis le droit de grève, sous le Second Empire jusqu’à la légalisation de l’IVG sous VGE, en passant par l’élection du président de la République au suffrage universel. Et la « nouvelle société » de Chaban Delmas a constitué l’un des projets les plus réformistes de la V° République.

La droite n’est pas non plus réactionnaire : l’ancienne droite, légitimiste et contre-révolutionnaire, a disparu du paysage politique – sinon du paysage intellectuel (Zemmour) - depuis Vichy où elle s’était compromise.

La droite ne s’identifie certes pas non plus au libéralisme : elle a le sens de l’autorité, voire même le culte du chef elle craint trop le risque du délitement social pour faire pleinement confiance à l’individu. Comme le dit Dominique Reynié : « La France est un pays ultra social-étatiste . Depuis une quarantaine d’années, droite et gauche se sont succédées avec à chaque fois, le même bilan : augmentation de la dépense publique, augmentation de la pression fiscale et augmentation de la dette, avec de moins en moins de croissance et de plus en plus de chômeurs. » Alors qu’est-ce que la droite a en propre ? En quoi est-elle autre chose qu’une gauche qui prendrait son temps ?

Dans le magazine Causeur, qui vient de sortir en kiosque, Patrick Devedjan donne à la question « qu’est-ce que la droite ? » une réponse inspirée de Raymond Aron, qui paraît assez convaincante. « La droite et la gauche républicaines, dit-il, sont toutes les deux attachées à la liberté et à l’égalité. Mais quand ces deux valeurs entrent en conflit, ce qui arrive nécessairement, la gauche arbitre en faveur de l’égalité et la droite en faveur de la liberté . Je révère l’égalité, mais quand il faut choisir, je choisis la liberté. Voilà pourquoi je suis de droite. » Fin de citation.

C’est une bonne définition, parce qu’elle prend en compte l’idée défendue par Isaiah Berlin – selon laquelle on ne saurait cultiver toutes les valeurs à la fois – la sécurité et la liberté, l’innovation et la précaution, la préservation des traditions et l’émancipation individuelle – et qu’une idéologie, comme une culture constitue un cocktail dans lequel ces divers ingrédients sont dosés.

La droite se définit plus à travers des valeurs que par des politiques. C’est peut-être la raison pour laquelle elle nous a habitués au scénario de la guerre de chefs .

Et le spectacle vient de recommencer pour la présidence de l’UMP, qui se jouera à la fin de ce mois. 268 450 adhérents de l’UMP, à jour de leurs cotisations, pourront voter. Et leur favori est Nicolas Sarkozy . Toute la question est de savoir si, dans l’hypothèse où il était élu président, Nicolas Sarkozy accepterait le principe d’une primaire pour désigner le candidat de la droite et du centre à la présidentielle de 2017, qui se tiendrait l’année précédente. Dans cet électorat, beaucoup plus large, ce serait, en l’état actuel des sondages, Alain Juppé qui aurait les meilleures chances.

Vous-même, Gérard Larcher, avez soutenu le troisième homme, François Fillon . Des trois, c’est celui qui a le programme le plus radical : il entend provoquer un « choc global », qui comporte la fin des 35 heures et de toute référence à une durée du travail définie au niveau national. Il veut supprimer l’impôt sur la fortune. Réduire drastiquement la dépense publique : 20 milliards par an. Sur le bilan du quinquennat Sarkozy, il est assez critique. A Matignon, il avait fait entendre sa petite différence avec le président de la République de l’époque, en s’inquiétant de devoir diriger un Etat virtuellement en faillite.

Mais en ce moment, on a le sentiment que le vrai clivage porte sur la méthode : Nicolas Sarkozy choisissant le passage en force, par le moyen du référendum, là où Alain Juppé privilégierait un long travail de préparation et la concertation. Quel espace reste-t-il à François Fillon ? Ne risque-t-il pas d’être écrasé entre les deux autres ? D’être estampillé « thatchérien » ? Et après tout, pourquoi vous, incarnation du gaullisme social, soutenez-vous un candidat chez qui tout, de son costume à ses idées, en passant par son épouse, rappelle tant la Grande Bretagne ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......