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La droite, la gauche de gouvernement, la réforme

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Pour les gens raisonnables de l’opposition, j’imagine combien la tâche doit apparaître désormais difficile. Vous attendiez, comme reconnaissons-le, une partie non négligeable des électeurs de François Hollande, une politique de relance, l’embauche massive de fonctionnaires, la fin de la rigueur, l’abandon de l’objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% l’an prochain.

Mais – premier tournant - voilà que la gauche au pouvoir fait siennes les conclusions du Rapport Gallois . Le gouvernement admet que notre industrie a un problème de compétitivité . Nos produits, qui sont situés dans le moyen de gamme, sont vendus trop chers, parce que nos coûts de production sont supérieurs à ceux du marché mondial. Les taux de marge de nos entreprises sont anormalement bas, principalement à cause du montant des charges pesant sur les salaires. Du coup, elles ne peuvent investir dans la recherche, afin de monter en gamme. C’était un diagnostic qui était loin de faire l’unanimité, à gauche . Mais il n’a pas fallu six mois à l’équipe gouvernante l’adopte – et pour qu’elle mettre en œuvre les mesures de redressement, qui attendaient depuis bien des années… Le Pacte de compétitivité , un crédit d’impôts de 20 milliards pour les entreprises.

Le gouvernement auquel vous avez appartenu était parvenu aux mêmes conclusions, c’est vrai. Mais sur le tard, en fin de mandat et sans avoir pu mettre en œuvre le levier principal – le transfert des charges sociales indûment supportées par les fiches de paie vers l’impôt (CSG ou TVA). Vous en parliez, c’est la gauche qui va le faire . Certes, trop modestement, et en étalant les allègements d’impôts et de charges des entreprises sur trois ans – au lieu du « choc de compétitivité » préconisé.

Deuxième signe qu’un tournant a bien été pris, la conférence de presse de François Hollande , du 13 novembre. Déjà, le président s’était engagé à réduire les dépenses publiques de 10 milliards d’euros dès 2013, de 60 milliards d’ici à 2017. Mais ce jour-là, il pose la question : « Est-ce qu’on vit mieux avec 57 % de dépenses publiques, alors que c’était 52 % il y a cinq ans ? » Parce que, oui, c’est vrai, le niveau des dépenses publiques a crû de 5 points en l’espace… du quinquennat auquel vous avez été très directement associé, à partir de 2010. Le tabou du niveau excessif de la dépense en regard de la médiocrité des performances est ainsi levé. Révolution conceptuelle, à gauche.

Le Pacte budgétaire européen , négocié par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel, a été accepté et voté au Parlement. La hausse de la TVA a été actée – certes, de manière plus modérée que celle qui avait été prévue par le gouvernement précédent. Le chantier, socialement ultra-sensible, de la réforme du marché du travail dans le sens d’une plus grande adaptation à la situation des entreprises, est en cours de négociation.

Pour la première fois depuis Pierre Mendès France, nous avons un gouvernement de gauche qui privilégie une économie de l’offre , la bonne santé des entreprises plutôt que le soutien à la demande des consommateurs. Il s’agit d’une véritable révolution conceptuelle.

Bien sûr, il reste un certain nombre de problèmes gravissimes, qui attendent, eux aussi, depuis des années : les rigidités, rentes et goulots d’étranglement, déjà dénoncés par la Commission Attali, qui bloquent le développement de nos capacités productives un système de protection sociale coûteux et partiellement inadapté aux nouveaux défis.

Mais enfin, la ligne générale est franchement réformatrice. Et nombre de dossiers, entrouverts en 2007 et vite refermés face à l’urgence de la crise de 2008, sont bel et bien sur la table.

L’opposition, quelle qu’elle soit, est généralement tentée par la politique du pire. Mais plutôt que de prier pour que le gouvernement échoue, parce qu’il est issu des rangs de la gauche, la droite réformatrice ne devrait-elle pas, au contraire, approuver l’adoption de mesures qu’elle projetait elle-même , sans avoir eu l’opportunité - ou le courage - de les mettre en musique ?

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