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La faute disparaît de notre horizon moral

3 min
À retrouver dans l'émission

La notion de faute n’a vraiment pas la cote. Cherchez les mots « faute », « culpabilité » sur votre moteur de recherche préféré, on vous enverra vers des sites de psychologie pratique qui vous abreuveront de bons conseils. Tous destinés à vous débarrasser de ce sentiment encombrant qui vous empêche de vous épanouir, d’agir et de réussir…

Comment mieux dire que notre époque a remplacé la morale par les techniques du bien-être . On ne saurait être « bien dans sa peau », vivre « en accord avec soi-même », et donc « bien fonctionner dans son environnement social », en portant le poids d’une faute dans le secret de son cœur. Comment pourrions-nous comprendre, aujourd’hui, les héros tragiques - Oreste, Œdipe, Phèdre – accablés par l’immensité de leur faute respective, faute dont ils ne sont même pas responsables, rongés par le remord, condamnés à errer sur la terre ? Ou McBeth, visité par le fantôme qui vient lui rappeler ses crimes ? Bien plus près de nous, je pense au personnage joué par James Fox, dans The Servant de Losey, tremblant d’angoisse, quand son valet, joué par Dirk Bogarde lui murmure : « You’ve got a dirty secret », Tu as un secret répugnant…

Oui, la notion de culpabilité est passée de saison. Des sites de philosophie proposent des « morales sans faute ». Nous sommes tous innocents, maintenant. On trouve des prêtres pour se défendre de croire encore au péché…

Si la notion de faute subsiste encore, c’est du côté du droit . La tâche d’évaluer la transgression des normes a été confiée aux juges. Juriste, membre du prestigieux Conseil d’Etat, vous êtes plus familier que nous, François Sureau, de la notion de « responsabilité sans faute » - une de mes préférées. Or, c’est dans le cadre d’une mission accomplie, à votre demande, au sein de la Cour nationale du droit d’asile, que vous avez commis une faute qui n’a depuis cessé de vous hanter.

Une requête refusée à un militant indépendantiste basque, fondée sur un principe juridique irréprochable – l’Espagne étant devenue démocratique, il n’y avait plus de raison valable de maintenir leur droit d’asile à des gens qui pouvaient fort bien rentrer chez eux. Pourtant, Javier Ibarrategui vous avait prévenu qu’il serait assassiné. Il l’a été. Depuis, vous portez sur vous comme un fardeau, cette culpabilité. Vous vous en confessez dans un livre, Le chemin des morts . Echangeant les rôles, c’est le lecteur que vous faites juge.

Kierkegaard écrit dans L’Evangile des souffrances : « Si le magistrat fouille les recoins les plus secrets de la maison pour confondre le coupable, la responsabilité personnelle poursuit le fautif plus profondément que ne le fait aucun juge, dans les recoins les plus secrets du cœur, où Dieu est seul est juge. »

Vous écrivez, vous : "Le souvenir d’Ibarrategui ne m’a jamais laissé en repos. (…) Il sera là quand je rangerai ma robe noire, ayant gagné mon silence après tant de paroles dites. "

Votre livre commence par une brève évocation de nos folles années 80 – époque de grande licence, d’argent facile et de belle insouciance. Qu’est-ce qui a fait de vous, vous le biographe du fondateur des jésuites, une espèce de janséniste ?

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