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La forte croissance britannique sert-elle les pro-européens ?

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Le gouvernement de coalition conservateurs-libéraux-démocrates, qu’on disait contre-nature, aura donc tenu. Et en outre, il peut se vanter, à un an des élections, d’un bilan économique assez brillant dans la conjoncture actuelle. La croissance est repartie d’une manière vigoureuse : cette année, elle devrait tutoyer les 3 % - de quoi faire rêver la France, qui mise sur trois fois moins et même l’Allemagne, donnée à 1,8%. Déjà, l’an dernier, le Royaume-Uni était sorti de la récession, avec 1,9%. Georges Osborne, le chancelier de l’Echiquier, a ainsi administré à l’Europe une belle leçon : contrairement à ce qu’on prétend dans certains pays du Sud – et souvent en France – l’austérité n’empêche pas la croissance . Peut-être même la favorise-t-elle. C’était en tous cas le pari britannique.

Car, aucun autre grand pays de l’UE ne s’est administré une telle purge : en tout, un demi-million de fonctionnaires auront été remerciés. Les coupes budgétaires ont été impitoyables, n’épargnant que l’école et la santé. Malgré cette politique à la hache, on signalera toutefois au premier ministre de Sa Gracieuse Majesté que le déficit public reste très élevé, aux alentours de 6 % de PIB . Et que si la croissance est équilibrée : l’industrie progresse au même rythme que les services, si les investissements sont revenus, attirés par la baisse de l’impôt sur les sociétés, qui va passer de 23 % à 20 % (contre 36 % en France…), la balance commerciale, elle, demeure déficitaire et que ce déficit a tendance à se creuser. Ce mauvais résultat est obtenu malgré une forte dépréciation de la livre, censée doper la compétitivité commerciale… Encore une leçon à méditer par les partisans de « l’euro faible »…

Mais le résultat est là : le chômage est redescendu à 7% . Le niveau d’emploi est quasi-germanique, même si nombre de ces emplois sont très mal rémunérés.

Fort de ces succès, le pays peut-il tenter le cavalier seul et larguer les amarres qui le relient encore au continent ? Tel est le souhait ardent des indépendantistes du UK Party, qui font de l’Union européenne le principal handicap de la Grande Bretagne, d’un certain nombre d’élus conservateurs et de ces épouvantables tabloïds, qui sont la honte de la presse britannique. Charles Grant, dans un récent paper pour le think tank Centre for European Reform affirme voir arriver le référendum sur le maintien de son pays dans notre Union avec moins d’inquiétude que l’an dernier. Pourquoi ?

Primo, écrit-il parce que les deux débats télévisés qui ont opposé, le 26 mars et le 2 avril Nigel Farage et Nick Clegg, sur ce sujet, se sont conclu à l’avantage du second, vice-premier ministre et chaud partisan de l’intégration européenne.

Secundo, parce que le parti conservateur est, sur cette question, plus divisé qu’il n’y paraît et que nombre de ses membres, réservés en public sur l’UE, en sont plutôt partisans en leur for intérieur. Ils sont sensibles aux arguments des patrons : la Confédération de l’Industrie britannique est pro-UE.

Tertio, parce que les Britanniques commencent à comprendre que leur attractivité envers les investisseurs étrangers tient pour une large part à leur appartenance à l’Union européenne. Ils cesseraient d’installer des succursales sur les îles britanniques, si cela leur fermait le marché européen. Or, si le Royaume Uni voulait s’exclure de l’Union, tout en conservant le marché européen, il se retrouverait dans la situation de la Norvège et de la Suisse, qui doivent contribuer au budget de l’UE, en accepter les règles, sans pour autant jouir des droits de co-décision réservés aux seuls membres à part entière.

Et puis que pèserait une ancienne puissance européenne, qui représente désormais moins de 1% de la population mondiale et 3 % du PIB mondial ? De quel poids pèserait-elle dans les négociations commerciales avec des géants tels que la Chine ? « L’Occident ne domine plus le monde. Si un pays européen de taille moyenne comme la Grande Bretagne veut être en mesure d’exercer une influence sur l’ordre mondial qui émerge, il ne peut y parvenir qu’en tant que membre influent de l’Union européenne. »

Ma question à vos invités, Marc : les bons résultats obtenus par la Grande-Bretagne servent-ils les intérêts des pro ou des anti- Europe ?

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