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La France en dépression

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Alors, il y a ces sondages qui démontrent que la France traverse l’une des pires crises de son histoire : 87 % des sondés estiment que le pays est moins performant sur la plan économique, selon Vivavoice sondages qui révèlent aussi que 38 % des habitants de ce soi-disant pays de cocagne le quitteraient s’ils en avaient la possibilité

C’est surtout vrai des jeunes : 51 % des 25-34 ans Français aimeraient vivre dans un autre pays que la France . Et selon l’IFOP, 27 % des jeunes diplômés en recherche d’emploi voient désormais leur avenir à l’étranger. D’ailleurs, ils s’en vont : le ministère des Affaires étrangères, qui ne recense que les personnes qui vont se faire enregistrer dans ses consulats, estime à 150 000 le nombre de jeunes partis proposer leurs talents et leurs compétences ailleurs. Mais ils sont beaucoup plus nombreux, puisqu’on en compte 158 000 en Suisse, 126 000 en Grande-Bretagne et 125 000 aux Etats-Unis, les destinations préférées de nos exilés. Les raisons invoquées par ces jeunes qui votent avec leurs pieds contre notre fameux « modèle » : la France manque de dynamisme, l’insertion sur le marché du travail est trop difficile, les salaires sont trop bas, le travail n’est pas récompensé.

Il y a une dépression française , qui a été bien analysée par Jean-Paul Delevoye, au sortir de son mandat de Médiateur de la République, comme fatigue psychique , se manifestant par un mélange détonant de résignation et d’autodestruction. Cette dépression a des causes objectives : un déclin économique qui semble se précipiter. Sans aller chercher du côté de la Chine, de l’Inde et du Brésil, contentons-nous de relever nos performances par rapport à nos voisins européens, soumis aux mêmes défis que nous. L’INSEE nous attribue la 11° place européenne en standards de pouvoir d’achat, derrière le Luxembourg, l’Irlande, le Danemark, l’Autriche, la Finlande, la Belgique, la Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Notre appareil de production est faiblement compétitif nos entreprises n’ont cessé de baisser leurs prix pour faire face à la concurrence. A présent, elles sont à court de trésorerie et ne parviennent pas à investir pour tenter de monter en gamme. La France dégringole dans les hit parades de la compétitivité et de l’attractivité. Nos gouvernants nous prêchent la rigueur et, depuis trois ans, ne cessent d’augmenter les prélèvements obligatoires, ce qui asphyxie le pouvoir d’achat et déprime la consommation. L’an prochain, les prélèvements vont atteindre le record historique de 46,5 % de PIB. Mais eux-mêmes s’avèrent incapables de maîtriser une progression des dépenses publiques qui continue au rythme de plus de 2 % l’an. La dépense publique va atteindre, l’an prochain le niveau record de 56,9 %...

La société française que ses élites ont trompée sur la prétendue supériorité de son « modèle », parce que ses membres avaient un intérêt personnel à ne pas le remettre en cause, est en train de se réveiller d’un long engourdissement hypnotique.

Le prétendu « modèle » exclut d’un vrai travail, correctement rémunéré, 5 millions de personnes ses prestations sociales sont de plus en plus payées à crédit il n’empêche pas le développement de la misère. Les services publics – école, sécurité, transports en commun - sont déficients. Ces élites ont non seulement failli par incompétence, mais elles affichent de plus en plus ouvertement leur cynisme et leur immoralité.

A la crise économique et à la crise de régime, s’ajoute à présent une crise morale : « ceux qui osent tout », pour reprendre l’expression de Jean-Sébastien Hongre, interviewé sur Atlantico, qu’ils soient patrons voyous, liquidateurs d’entreprises, ou racailles tenant les halls d’immeubles, agissent avec un sentiment d’impunité complet . Quant aux médias grands publics, ils nous abreuvent d’un mélange de cynisme et de dérision qui contribue à installer l’idée que le poisson pourrit par la tête , que la fin approche et que le mieux qu’on peut faire est de se servir pendant qu’il est temps. Par ailleurs, les fractures au sein de la société s’aggravent. A la violence du ton commence à s’ajouter le harcèlement des personnes – comme notre consoeur Caroline Fourest en a fait l’expérience à Nantes, ce week-end.

Suite à l’affaire Cahuzac, certains ont conseillé au président Hollande de changer de gouvernement. En réalité, ce dont nous avons besoin, c’est d’un profond renouvellement des classes dirigeantes . Elles ont failli.

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