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La France, puissance d'entraînement ?

3 min
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A la fois hard power et soft power, « notre pays est une puissance d’influence qui doit défendre ses intérêts », aimez-vous dire, Monsieur le ministre des Affaires étrangères. C’est-à-dire qu’elle a une capacité particulière non seulement à agir, mais à influencer, à entraîner.

On le voit bien face au drame effrayant que traverse le peuple syrien . Sur ce dossier, pas de doute, la France a été en pointe. Sur la lancée du tournant accompli par le gouvernement précédent en Libye, vous avez décidé de reconnaître et de soutenir la Coalition de l’opposition, dirigé par Ahmed Moaz al-Khatib . Un moment, la France et la Turquie ont paru un peu seules, sur cette position. Samedi dernier, alors que le président Hollande annonçait que Paris accueillerait un représentant de cette Coalition avec le rang d’ambassadeur, certains de nos partenaires européens jugeaient encore cette reconnaissance prématurée et pourtant lundi à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont unanimement reconnu la Coalition en tant que « représentant légitime du peuple syrien ».

L’UE demande à la Coalition, dirigée par Ahmed Moaz al-Khatib un programme crédible , afin de démontrer sa capacité à incarner une alternative crédibles au pouvoir, déconsidéré, de Bachar al-Assad. Mais ensuite ? Cette coalition, à la différence de ce qui s’était produit en Libye, ne contrôle aucune partie significative du territoire syrien.

Moaz al-Khatib réclame les moyens d’affronter le pouvoir de Damas à armes égales . Mais pour l’instant, l’UE maintient un embargo qui, dans la situation actuelle, ne peut que favoriser le pouvoir, fortement armé et équipé par l’Iran. Un jour ou l’autre, il faudra permettre à cette Coalition de contrôler des territoires libérés. Ce qui impliquera au moins une zone d’interdiction aérienne. Hier encore, aux Communes, le Secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères excluait toute levée de l’embargo sur les livraisons d’armes. Cette politique est-elle tenable et qu’en pense la France ?

La situation est assez comparable au Nord du Mali . La France a fait savoir qu’elle n’avait pas l’intention de déployer des troupes au sol, ni même de lancer des frappes aériennes contre les milices islamistes qui terrorisent les populations tombées sous leur coupe. Mais comment aider le gouvernement légal de Bamako à restaurer son autorité sur l’ensemble du pays sans intervenir plus ou moins directement dans ce conflit ? Pour le moins, l’Europe devra fournir un appui logistique et mettre à la disposition ses capacités de renseignement et de localisation.

Ce qui m’amène à mon dernier point, l’Europe de la Défense . Votre collègue de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avec son franc-parler qui n’est pas toujours diplomatique, l’a qualifiée récemment « d’arlésienne ». Dans son récent rapport sur ce sujet, Hubert Védrine est au aussi critique. Et c’est vrai que, malgré l’échec de la fusion EADS/ British Aerospace, cette Europe de la Défense semble se limiter de plus en plus au cadre bilatéral – en général franco-britannique ce qui, bien sûr, agace les autres…

Non seulement, les budgets Défense sont aux vaches maigres, mais les industriels de chacun de nos pays se livrent à une concurrence préjudiciable. Sans un minimum de mutualisation des moyens, notre Union pourrait bien se trouver cantonnée aux vertueuses incantations en faveur des droits de l’homme et aux vœux pieux pour la promotion de la démocratie. Avons-nous les moyens de nos grandes ambitions ?

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