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La France, puissance du Pacifique

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« Pour nous, la France, c’est en Europe », c’est ce qu’a déclaré, en faisant une moue significative, l’amiral Li Ji, directeur adjoint des Affaires étrangères au Ministère de la Défense de la République populaire de Chine. Les Chinois demeurent franchement sceptiques face aux prétentions de la France de poser à la grande nation en Asie-Pacifique.

Et pourtant, à travers nos trois collectivités territoriales de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis et Futuna, nous sommes bel et bien un acteur à part entière de la région. Certes, nos 550 000 concitoyens ne pèsent guère numériquement face à la Chine ou à l’Indonésie. Mais nos liens avec l’Australie , un partenaire commercial important, et avec la Nouvelle-Zélande, sont solides. Et c’est Nouméa qui a été choisie par ces deux pays comme siège de la Communauté du Pacifique . Australie et Nouvelle Zélande ne cachent pas l’importance qu’ils accordent au maintien d’une présence militaire française dans le Pacifique Sud.

Cette région est en effet le moteur de la croissance mondiale et compte d’ores et déjà pour un tiers du PIB de la planète. Une bonne part du commerce mondial y transite en porte-containers. L’époque où l’Empire du Milieu pratiquait la politique étrangère définie par Deng Xiaoping, par le slogan « cacher ses talents et entretenir l’obscurité » est terminée pour de bon. Désormais, la Chine est bien décidée à se faire sa place au soleil. Elle entend contrôler les voies de circulation maritime, ce qui inquiète ses voisins.

C’est ce qu’a fort bien compris Obama, avec son « pivot vers l’Asie ». Nombreux sont les Etats de la région qui souhaitent voir les Etats-Unis équilibrer la montée en puissance chinoise. Washington a adhéré au Sommet de l’Asie orientale en 2011 et propose aujourd’hui aux Etats de la région la création d’une zone de libre-échange, l’Accord de Partenariat Transpacifique - dans lequel il est difficile de ne pas voir une stratégie d’isolement de la Chine.

Dans ce contexte, que peut la France ? Dans un article publié sur Project Syndicate, l’Allemand Karl Kaiser et l’Espagnol Manuel Muniz appellent les Européens à s’intéresser de plus près à la stabilité d’une région qu’ils décrivent comme menacée par « un risque grandissant de conflit, dû à une combinaison explosive de croissance rapide du PIB, de course aux armements, de ressentiment historique, de chauvinisme effréné, de conflits territoriaux , et d’un manque d’institutions de compromis efficaces pour résoudre les conflits ». Les auteurs se félicitent de la Déclaration UE-USA sur la région Asie-Pacifique publiée en juillet 2013. Ils remarquent que les Européens se sont concentrés jusque là sur le commerce, laissant aux Etats-Unis seuls « la charge de la stabilité dans cette région ». Et ils préconisent, envers Pékin, une stratégie de coopération plutôt que de confinement.

Seule, la France, puissance pacifique assez secondaire sur le plan militaire, ne peut pas grand-chose dans le Pacifique, mais notre pays est bien placé pour convaincre les amis d’Europe de se préoccuper davantage d’une région, devenue centrale sur le plan commercial. Les efforts de Paris, à l’époque de Sarkozy, pour intéresser les autres membres de l’Union européenne à un partenariat avec les pays du Sud de la Méditerranée, ont échoué. Aurons-nous plus de chance de jouer un rôle moteur dans le Pacifique Sud ? L’Europe saura-t-elle, à son tour, « pivoter vers l’Asie », vers le Pacifique et l’Océan indien ?

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