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"La France seule", au XXI ° siècle ?

4 min
À retrouver dans l'émission

C’est Didier Migaud, le président de la Cour des comptes et ancien député socialiste qui le dit : les prévisions de rentrées d’impôts sont en-dessous de ce que pouvait espérer l’augmentation de leurs taux. Et les réductions de dépenses publiques demeurent, quant à elles insuffisantes. Du coup, les prévisions du gouvernement pour 2013 et 2014 sont jugées exagérément optimistes par les sages de la rue Cambon. Le déficit public en 2013 se révélera supérieur au taux de 4,1 % prévu. La dette publique va continuer à augmenter à un rythme à peine ralenti. Elle atteindra le seuil symbolique de 2 000 milliards d’euros à la fin de cette année, soit 30 000 euros sur la tête de chaque Français . Nous persistons donc à vivre à crédit…

Cela augure mal de la fin du quinquennat de François Hollande, car cela signifie que la vraie rigueur va bientôt commencer , si le président de la République parvient à imposer à sa majorité son plan de réduction des dépenses publiques de 50 milliards d’ici à 2017. Or l’électeur de gauche a développé une véritable allergie au mot de rigueur – que ses élus évitent de le prononcer devant lui. Mais quand on en est à envisager le blocage de la progression à l’ancienneté des traitements des fonctionnaires, c’est qu’on a atteint le stade dit de « l’austérité »….

Un véritable boulevard va donc s’ouvrir devant les diverses oppositions, de droite, de gauche et d’ailleurs. Encore faut-il qu’elles proposent un plan crédible de sortie de crise.

Quelles solutions nous propose le Front national ? La défense des « petits » contre les « gros », c’est un thème qui permet de relier entre elles les deux moments, contradictoires entre eux, de l’histoire du Front national : la période Jean-Marie et la période Marine. Mais cela ne définit pas une politique économique. En outre, on fera observer que le relèvement uniforme des bas salaires de 200 euros risque de provoquer la faillite de nombre de ces PME que vous prétendez défendre

D’autant que vous leur interdisez de répercuter cette hausse sur leurs prix puisque vous entendez les contrôler. En outre, vous êtes beaucoup plus généreuse envers les fonctionnaires que le gouvernement socialiste , puisque vous prétendez augmenter le point d’indice, de manière significative pour les petits salaires. Voilà qui se révèlerait peu compatible avec l’objectif affiché d’une forte réduction de la dette publique.

Votre programme est bien français puisqu’il est ultra-étatiste . Vous voulez le retour de l’Etat stratège et investisseur, avec la création d’un Fonds d’industrialisation stratégique. Vous réclamiez la création d’une banque publique de financement des PME/PMI – la gauche l’a fait le relèvement de la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu à 46 % - le gouvernement l’a porté à 45 % l’alignement du niveau de la taxation des revenus du capital sur celui du travail – ça aussi, c’est acquis.

Mais chacun le sait, là où votre programme économique est particulier, c’est dans le domaine monétaire et commercial. Je cite : « déconstruction ordonnée de l’euro », « retour bénéfique aux monnaies nationales qui permettra une dévaluation compétitive pour oxygéner notre économie » puis « contrôle des mouvements de capitaux » et « nationalisation partielle des banques », qui s’imposeraient, en effet, dans une telle hypothèse. Retour au franc, dévalué, bien sûr, pour donner la fameuse « bouffée d’oxygène » à nos exportations – si tant est que nos partenaires commerciaux ne s’avisent pas de faire la même chose, puisque tous les engagements de change fixe en Europe seraient rompus… Mais sachant que notre facture énergétique (gaz et pétrole) flirte avec les 80 milliards d’euros , cette année, je me demande combien cela pourrait nous coûter de rouler en voiture et de chauffer nos appartements avec des francs dévalués…

Protectionnisme, avec des «droits de douane ciblés et des quotas d’importation » : alerte ! les ordinateurs, les téléphones portables et les téléviseurs risquent de devenir des denrées rares, puisque nous n’en produisons pas ! Sur quels produits en provenance de France porteront les inévitables rétorsions des Chinois ? Les vins ? Les parfums et cosmétiques ? A moins que ce ne soit nos ventes d’Airbus qui s’en trouveraient pénalisées.

Lorsqu’on lit, dans votre programme, des expressions telles que « mettre fin au dogme de la concurrence libre et non faussée qui promeut, en réalité, la loi de la jungle », on croit lire un pamphlet altermondialiste. Mais ce programme s’inscrit dans une tout autre logique. Il rappelle fortement deux slogans : « la France seule » : un pari sur l’égoïsme national, qui ne prend pas en considération que nos partenaires pourraient bien adopter, face à nous, une attitude aussi peu coopérative. Et « politique d’abord », qui promet que les lois de l’économie peuvent être pliées par la force de la volonté politique.

Ces deux slogans appartiennent au programme de Maurras. Ils ont semblé à nos ancêtres peu compatible avec l’Europe des années 20 et 30. Pensez-vous que ces formules soient mieux adaptées à la mondialisation du XXI° siècle ?

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