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La fronde patronale

3 min
À retrouver dans l'émission

L’empereur des Français, Napoléon 1°, exilé à Sainte-Hélène et rongé d’amertume, écrivait, « Il est dans le caractère français d'exagérer, de se plaindre et de tout défigurer dès qu'on est mécontent. » A entendre les patrons français se plaindre du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, on a le sentiment qu’ils affrontent je ne sais quel Moloch vénézuélien, ayant détruit les mécanismes de l’économie de marché, au point de devoir fixer le niveau de production et les prix des voitures ! Car enfin, François Hollande, ancien élève d’HEC, n’a pas laissé, rue de Solférino, l’image d’un marxiste-léniniste. Quant au premier ministre, ancien militant du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne, il peut difficilement passer pour un sous-marin trotskiste…

A quoi attribuer, alors, les mouvements d’exaspération patronale, qui se multiplient ? A Lyon, 2 000 chefs d’entreprises ont brandi un carton jaune à l’adresse du gouvernement – geste symbolique autant que photogénique Le 52° baromètre des TPE situe la cote de confiance du gouvernement auprès des chefs de Très Petites Entreprises à un son plus bas : 13 % seulement font confiance au gouvernement. Qu’elles soient grandes ou petites, situées dans la vieille ou nouvelle économie, les entreprises semblent tout près du sentier de la guerre contre le gouvernement.

De son côté, celui-ci, qui joue son va-tout sur l’amorce d’une reprise de l’activité susceptible d’enclencher enfin une baisse du chômage, n’a aucun intérêt à se mettre à dos le monde de l’entreprise…

Alors pourquoi cette fronde ? Pourquoi cette incompréhension mutuelle ?

Il y a d’abord, l’impression d’improvisation constante qu’offre ce gouvernement, cette manière de procéder par petites touches, à la manière impressionniste, plutôt que par à-plats francs et nets. Le résultat, c’est qu’on se demande à quoi pourra bien ressembler le tableau, une fois achevé. Et si le peintre lui-même en a une idée précise. Or, les patrons, qui doivent faire face à un environnement économique mouvant, s’adapter en permanence à l’état de leurs carnets de demande, ne détestent rien tant que de voir leur situation, déjà compliquée, aggravée par un environnement fiscal et juridique instable. Ils ont besoin de règles du jeu qui ne changent pas tous les ans faute de quoi, ils s’abstiennent d’investir, ils s’abstiennent d’embaucher, en attendant que les choses soient redevenues claires. Or, selon Jacques Attali, 37 % du code général des impôts et 40 % du code du travail ont été modifiés depuis l’élection de François Hollande…

Il y a ensuite un problème de sociologie : le Parti socialiste ne recrute pas dans le monde de l’entreprise. C’est un parti de fonctionnaires et de professionnels de la politique. A l’Assemblée nationale, les députés fonctionnaires sont, paraît-il majoritaires. Les entrepreneurs et assimilés ne sont que 3%, contre 25 % des en Grande-Bretagne. Les diatribes d’Arnaud Montebourg, un avocat qui n’avait aucune expérience du monde de l’entreprise, avant d’écoper du ministère du Redressement productif, contre tel ou tel chef d’entreprise, ont eu un effet désastreux.

Et puis, il y a cette « anomalie française », pour reprendre l’expression du président d’honneur de Saint-Gobain, Jean-Louis Beffa – des charges sociales pesant sur les salaires d’un niveau très supérieur à ceux que paient les entreprises allemandes, par exemple, qui découragent l’embauche et pénalisent nos entreprises à l’exportation.

Le gouvernement en a pris conscience. Et c’est pour y remédier qu’il a imaginé le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, qui va alléger le coût du travail des salaires inférieurs à 2 deux fois et demi le SMIC. Vous venez de nous dire que son incidence sur vos coûts de production était ridicule (une dizaine de centimes sur des pièces qui en valent 200), alors que faudrait-il faire ? Qu’attendez-vous ?

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