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La laïcité en défi

La gauche écartelée sur la laïcité

5 min
À retrouver dans l'émission

Quand il devient impossible de glisser la poussière sous le tapis

La laïcité en défi
La laïcité en défi Crédits : Laïcs - Maxppp

« Un se divise en deux. Voilà un phénomène universel et c’est ça, la dialectique ». Cette maxime énigmatique a accompagné ma jeunesse maoïste, sans que je parvienne vraiment à élucider son sens exact. Il aurait fallu interroger là-dessus le camarade Alain Badiou, alors comme aujourd’hui, exégète infaillible du Grand Timonnier….

Je doute que le dictateur chinois ait songé, en forgeant sa fameuse maxime – elle figurait dans le Petit Livre Rouge – au Parti socialiste français. Et pourtant, il me semble qu’elle s’applique parfaitement à son cas. Depuis que nos socialistes sont parvenus à rassembler leurs cent chapelles dans un parti unique, en 1905, celui-ci, n’a jamais cessé, en vérité, d’être écartelé en deux courants principaux. En règle générale, cette division en deux portait sur la question essentielle du moment. Sans remonter à la préhistoire – la lutte entre guesdistes et possibilistes – rappelons l’échec de la tendance réformiste de Léon Blum au Congrès d’août 1946, face à Guy Mollet ; la sourde querelle, qui opposa durant les premières années de la V° République, Gaston Defferre au même Guy Mollet ; et la guerre Mitterrand/Rocard, dite des « deux gauches », durant les années 80.

A nouveau, nous avons deux gauches au PS. Et c’est encore sur l’essentiel, qu’elles s’opposent : la question de la laïcité. Celle-ci appartient au socle idéologique fondamental de la gauche. Jusqu’en 1906, l’anticléricalisme fut « le grand rassembleur de la gauche », écrivait Jean Touchard. Toutes familles confondues, elle accusait l’Eglise catholique d’enseigner l’ignorance, de propager des superstitions, de s’opposer aux progrès de la science et à la propagation des Lumières ; d’empêcher l’émancipation des femmes. La gauche, toute la gauche, dénonçait alors « le sabre et le goupillon », l’alliance du militarisme et du cléricalisme, de l’embrigadement et de l’obscurantisme.

Hé bien, la laïcité est redevenue la grande affaire de la gauche face à une nouvelle religion, l’islam. Dès l’affaire du voile de 1989, on avait vu s’affronter, au sein de la gauche, deux écoles de pensée, sur la question de l’affichage identitaire dans l’espace public ; laïcité versus diversité. Elle opposait clairement des laïcs maintenus et des communautaristes plus ou moins assumés. A nouveau en 2011, l’affaire de la crèche Baby Loup a démontré que la gauche n’avait pas résolu cette querelle de famille. Comme à droite, les élus de gauche s’accommodaient plus ou moins localement des tentatives d’encadrement, par des prosélytes islamistes, des populations issues de l’immigration.

Jusqu’aux attentats de janvier et de novembre de l’an dernier, la dispute a pu rester feutrée, voire étouffée par la direction du PS, qui ne jugeait pas l’affaire prioritaire. On avait habilement dissout un Haut conseil à l'intégration, qui avait le tort de poser des questions gênantes sur l'islamisation. Mais après que l’islamisme djihadiste nous eut déclaré une guerre ouverte, il n’était plus possible de fermer les yeux sur des phénomènes de radicalisation et de sécession, négligés par les dirigeants du pays, mais ressentis avec désolation par la société. On accepta d’entendre des voix, telles que celles de Malek Boutih, qui dénonçait depuis longtemps les petits arrangements électoraux avec des leaders communautaires. On vit de grands élus, comme Jérôme Guedj, annoncer que le PS devait se livrer à un examen de conscience, mettre un terme aux complaisances locales avec les intégristes.

A présent, le conflit est ouvert. D’un côté, les intellectuels de la gauche laïque maintenue, telles qu’Elisabeth Badinter, Régis Debray, Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui, Laurent Bouvet, ou Catherine Kintzler. Ils sont soutenus au plus haut niveau - par le premier ministre, Manuel Valls lui-même, mais aussi la secrétaire d’Etat aux droits des femmes, Pascale Boistard, ou encore le secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen. En face, les partisans d’une renégociation de la laïcité, destinée à tenir compte des spécificités de l’islam – mode de vie et pas seulement religion : Edwy Plenel, Emmanuel Todd, Jean Baubérot, Vincent Geisser, Raphael Liogier, Marwann Muhammed ou Tariq Ramadan. 

En déclarant récemment « la laïcité, il y a d’autres priorités sur le droit des femmes », Ségolène Royal s’est clairement prononcée contre les premiers – sinon, bien sûr, pour les seconds. Elle répondait à Pascale Boistard qui déclarait récemment, dans Marianne, "Je constate que l'Observatoire de la laïcité s'est encore peu saisi de cette question du droit des femmes. J'attends que l'Observatoire se saisisse de ce sujet et de la question de leur présence dans l'espace public."

Faut-il, comme Pascal Bruckner, aller dans Le Point de cette semaine, jusqu’à souhaiter à la gauche « l’explosion » sur toutes les questions sensibles : laïcité, nation, frontières, immigration, transmission, culture », puisque, selon l’essayiste, « sur chacun de ces thèmes, elle fait fausse route depuis quarante ans » ? 

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