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La gauche et la monarchie républicaine

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Vous vous souvenez, Guillaume, qu’Emmanuel Macron avait déclenché l’ire de ses camarades pour avoir déclaré dans sa désormais fameuse interview à l’hebdomadaire Le 1 : « « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement, un absent, cet absent est la figure du Roi (…) La terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléoniens et gaullistes, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. »

Eh bien, dans ses Lettres sur la réforme gouvernementale, Léon Blum écrivait en 1917 : « habituons-nous à voir dans le chef du gouvernement ce qu’il est ou devrait être : un monarque – un monarque à qui d’avance les lignes de son action sont tracées, un monarque temporaire, mais nanti cependant, aussi longtemps que la confiance du Parlement lui prête vie, de la totalité du pouvoir exécutif, rassemblant et incarnant en lui toutes les forces vives de la nation. » En somme, si Emmanuel Macron est un républicain monarchiste, alors Léon Blum l’était aussi… La figure du roi, le symbole qu’il représentait, celui de l’union de la nation par-delà les différences de castes ou de provinces n’a cessé de hanter l’imaginaire républicain.

Cependant, les républicains ont en commun avec les libéraux, d’avoir nourri une profonde méfiance envers le pouvoir exécutif , toujours suspect de nous ramener les maux de la monarchie absolue. En particulier, lorsque ce pouvoir est concentré entre les mains d’un seul – premier consul, empereur, ou président de la République….

La solution des libéraux, c’est celle de Montesquieu : diviser le pouvoir , afin que ses différents centres s’équilibrent mutuellement et qu’ils pèsent le moins lourdement possible sur la société civile. Celle des républicains d’origine est bien résumée par Pierre Rosanvallon, dans son dernier livre : dépersonnaliser le pouvoir en rendant collectif son exercice ; prévenir le risque de l’arbitraire en encadrant le pouvoir par la loi faire de l’exécutif un simple exécutant. Mais l’expérience des régimes d’assemblée, qu’ils soient tyranniques, comme la Convention, ou paralysants comme certains épisodes de la III° République nous a vaccinés contre leur retour.

François Hollande
François Hollande Crédits : François Hollande - Radio France

La politique démocratique a deux dimensions, celle de la délibération collective et celle de la prise de décision. Ce n’est pas un hasard si c’est à la faveur des guerres qu’on a assisté à un retour en force de l’exécutif. Pendant celle de 14-18, il s’agissait notamment de reprendre le contrôle politique du Grand Quartier Général qui tendait à se comporter comme un Etat dans l’Etat. Durant la Seconde, se multiplièrent les projets de réforme constitutionnelle à part ceux émanant du Parti communiste, tous inclinaient vers un renforcement de l’exécutif.

La montée en puissance de l’exécutif aura été un processus de longue haleine dans notre histoire républicaine, illustrée notamment par les noms de Poincaré en 1924 et 26, Pierre-Etienne Flandin en 1934-35, Léon Blum en 1936, Pierre Mendès France en 1955, de Gaulle enfin. Et elle aura été consolidée, comme le montre Nicolas Roussellier, dans un livre à paraître ces jours-ci, par la jurisprudence du Conseil d’Etat. Mais, vous avez raison, la prééminence du président, l’étendue de ses pouvoirs continuent à mettre la gauche mal à l’aise . D’où, peut-être, la longue hésitation, constatée chez François Hollande – qui n’a pas la fibre monarchiste -, à endosser le costume présidentiel.

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