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La Grande Guerre en bandes dessinées

4 min
À retrouver dans l'émission

Voir la Grande Guerre , ne plus se contenter de la dire, mais la montrer. Nous disposons de ces clichés dont vous nous expliquez, Annette Becker, qu’ils étaient devenus faciles à réaliser sur place, dans les tranchées, grâce à la disponibilité nouvelle des appareils de prises de vues. Sauf, bien sûr, au moment qui nous intéresse le plus, celui des assauts, ces moments de déchaînement d’une telle intensité selon Jünger que tout le temps qui les sépare paraît comme une préparation, comme suspendu.

Le cinéma a bien essayé d’en recréer l’horreur, mais ses moyens sont limités. Bizarrement, le renfort est venu d’un côté qu’on n’aurait pas imaginé il y a encore vingt ans, la bande dessinée. Depuis quelques temps, la bédé française paraît hantée par la guerre de 14-18 . Il y a là un véritable phénomène de société. C’en serait même gênant – comme si l’on avait déniché un nouveau créneau - si parmi ces albums ne figuraient quelques authentiques chefs d’œuvre.

D’abord, il faut reconnaître son mérite au précurseur. La guerre de 14 est présente dans l’œuvre de Jacques Tardi depuis ses débuts, dans les années 70. La véritable histoire du soldat inconnu remonte à 1974. Et les aventures du dandy dilettante Brindavoine, entamées sous le signe de l’architecture métallique, des dirigeables et des sous-marins, se terminent dans la boue des tranchées et un massacre en pleine église dans La Fleur au fusil. Dans les années 80, Tardi surprend son monde en dessinant, dans la revue A Suivre, des épisodes de la guerre de 14, qui seront rassemblés en album sous le titre « C’était la guerre des tranchées ». Tardi met en regard des citations issues de la propagande de guerre avec des épisodes atroces, dessinés en noir et blanc, pour faire éclater le hiatus existant entre le discours officiel et la réalité vécue par les combattants. Le ton de cette œuvre pacifiste est l’exaspération. Avec l’aide de son ami le collectionneur spécialiste, Jean-Pierre Verney, il a dessiné plus récemment l’album Putain de guerre !

Les historiens ont salué la série consacrée par David Vandermeulen à la figure de Fritz Haber, le Prix Nobel de chimie allemand inventeur des gaz de combat. C’est un travail superbe sur le plan graphique, en même temps qu’un véritable ouvrage de réflexion sur la culture allemande, la place des Juifs dans cette société, le sentiment de culpabilité, etc.

Autre saga ambitieuse, inspirée par la guerre de 14, Notre mère la guerre de Maël & Kris, se déploie en quatre « complaintes ». C’est une œuvre amère et forte, d’une immense ambition, remarquée par bien des historiens pour son réalisme graphique et sa densité psychologique, une véritable saga qui nous entraîne des tranchées jusque dans les tanks et les hôpitaux, sans oublier l’arrière. Bref, une plongée dans la France en guerre sous toutes ses dimensions.

Le premier volume de la série consacrée au personnage de Mattéo, de Jean-Pierre Gibrat, destiné à traverser les grands moments historiques de la Révolution russe de 1917 et du Front populaire passe par la Première Guerre (première époque). Superbe !

Tout récemment, est paru le premier tome des Taxis de la Marne, de Plumail et Le Naour ils y mettent en scène l’affrontement entre Joffre et Galliéni.

Il est impossible de recenser tous les albums qui le mériteraient : ils sont trop nombreux. Je voudrais en citer un dernier, parce qu’il est extrêmement émouvant, c’est Le sang des Valentines de Christian de Metter et Catel, qui a été publié une première fois il y a dix ans, mais vient d’être réédité. Une histoire poignante de deuil et de malentendu, qui concerne un soldat revenu de guerre et qui ne retrouvera pas, au village, ce qu’il attendait. Désenchantement mis en valeur par des images plombées.

Bref, la Guerre de 14 a fourni un immense répertoire d’inspiration à la bande dessinée. Des œuvres très fortes en sont issues. Un hors série récent de Beaux Arts Magazine en soumet certaines pages à la critique d’historiens spécialisés et, dans l’ensemble, ils donnent leur approbation. Mais vous-même, Annette Becker, que pensez-vous de cette ruée de la bédé sur la Grande Guerre ? Y a-t-il un risque que ces images, qui favorisent le combat plutôt que la morne attente, dans le froid et la boue, ne s’interposent entre nous et cette réalité visuelle que vous cherchez à ressusciter ?

La question que j’aurais aimé poser si j’en avais eu l’occasion : Le monde a changé considérablement en cent ans. Comment pourrions-nous retrouver es affects des combattants de la Grande Guerre, sans projeter sur leur situation nos petites idées du jour ?

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