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La Grèce n'a pas que des amis

4 min
À retrouver dans l'émission

Hier, Matteo Renzi twittait : « The point is : Greek referendum won’t be a derby EU Commission versus Tsipras, but euro vs dracma. This the choice.” La vérité, c’est que le référendum grec ne sera pas une course où on peut miser sur la Commission européenne ou sur Tsipras, non, le vrai choix, c’est l’euro ou la drachme . »

Certains s’indignent que certains partenaires de la Grèce au sein de l’UE, comme la France et l’Italie, Jean-Claude Juncker, ou encore la BCE fassent pression sur les électeurs grecs. Tous ces amis de la Grèce espèrent ouvertement que son peuple vote oui au référendum de dimanche , désavouant ainsi le premier ministre à peine élu. Mais, de ces amis, celui qui manie la plus grosse carotte, sinon le plus gros bâton, c’est la BCE. En menaçant de geler le programme ELA par lequel elle a maintenu le système bancaire grec en état de fonctionner, malgré les dizaines de milliards de retraits de précaution des épargnants, elle a obligé le gouvernement d’Athènes à fermer les banques. Si les Grecs votent non, la faillite de leurs banques est assurée. Et il sera difficile au gouvernement d’échapper au défaut, ce que chacun redoute. S’ils votent oui, les banques pourront rouvrir la semaine prochaine.

Les électeurs grecs peuvent s’indigner de cette pression exercée sur leur liberté de choix. Mais comme le dit notre ministre Michel Sapin , « la dette de la Grèce est une dette vis-à-vis des autres pays d’Europe et des autres contribuables d’Europe ». Il est normal que ces pays aient leur mot à dire sur l’usage qui est fait de leur argent. Lorsqu’on s’est mis en situation de devoir compter sur les autres pour assurer le traitement de ses fonctionnaires et celui des pensions de ses retraités, on doit se résigner à une perte proportionnelle de sa souveraineté…

Schäuble Varoufakis
Schäuble Varoufakis Crédits : Schäuble - Radio France

En outre, les Grecs devraient regarder du côté des pays – nombreux en UE – où ils n’ont plus d’amis. Dans ces pays, il suffit de lire leur presse, on espère ouvertement un non. Parce que ce serait le signal du Grexit. Leurs opinions publiques estiment que la Grèce n’aurait pas dû être admise dans l’euro , parce qu’elle était d’emblée incapable d’en respecter les règles de fonctionnement et qu’elle l’est plus encore aujourd’hui. On rappelle que c’est sur les pressions de la France qu’Athènes a été qualifiée, malgré des comptes publics grossièrement truqués. Que depuis, les gouvernements grecs successifs ont refusé les réformes que se sont imposés des pays comme l’Espagne ou l’Irlande.

Dans les pays d’Europe centrale ayant été acceptés dans le club, comme la Slovénie, la Slovaquie ou les trois républiques Baltes, on fait observer que non seulement la Grèce a bénéficié d’un traitement de faveur dont ils auraient rêvé, mais qu’ils contribuent eux-mêmes financièrement au sauvetage de la Grèce, alors que leur PIB par habitant est sensiblement inférieur à celui des Grecs . En Allemagne, aux Pays-Bas, en Finlande, l’opinion publique est majoritairement favorable au lâchage de la Grèce. On a le sentiment qu’il vaut mieux renoncer aux créances sur la Grèce plutôt que de continuer à lui ouvrir de nouveaux crédits qu’elle sera incapable de rembourser - 317 milliards d’euros, 172 %, malgré 3 plans de restructuration, grâce auxquels le fardeau grec a été allégé d’un montant équivalent à 100 % de son PIB .

Tsipras a raison d’invoquer la souveraineté grecque : c’est au peuple grec de décider s’il veut rester dans la zone euro, ou s’il préfère le saut dans l’inconnu du défaut de paiement, suivi de l’introduction d’une nouvelle monnaie, fortement dévaluée. Mais il ne saurait prendre en otage les autres peuples d’Europe. Ni décider unilatéralement la gratuité absolue des emprunts

Le gouvernement Syriza a cru qu’il pouvait jouer de la stratégie du faible au fort, en menaçant d’entraîner, par la chute de la Grèce, un effet de contagion sur l’ensemble de la zone euro. Too big to fail. On nous assure aujourd’hui que les pare-feux sont efficaces. Tsipras est-il un joueur de poker dont les partenaires savent qu’il a bluffé ?

Bandeau Grèce
Bandeau Grèce Crédits : Annett Seidler - Fotolia
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