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La guéguerre avec l'Allemagne

4 min
À retrouver dans l'émission

De quoi s’agit-il ? D’un simple partage des rôles : au parti majoritaire, la tâche de rattraper les électeurs de gauche perdus, tandis que le chef du gouvernement, germaniste et germanophile, se chargerait de ménager la chancelière ? Ou au contraire, d’une offensive du groupe socialiste contre le gouvernement issu de ses rangs : les députés socialistes auraient lancé une boule de billard, visant, au-delà d’Angela Merkel, la soi-disant « politique d’austérité » . Celle-ci étant incarnée par Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici, une pression serait ainsi exercée sur le président par les partisans du remplacement de Jean-Marc Ayrault par Claude Bartone.

D’où la vive réaction de son rival pour Matignon, Manuel Valls, jugeant « irresponsables, démagogiques et nocifs » les propos anti-allemands de ses camarades solfériniens .

Ou bien s’agit-il de rendre à Angela Merkel, qui a un peu trop visiblement soutenu Nicolas Sarkozy aux présidentielles, la monnaie de sa pièce, en soutenant tout aussi ostensiblement son rival social-démocrate, Sigmar Gabriel, aux élections de septembre ?

S’agit-il de substituer la « chancelière de fer » aux boucs-émissaires habituels de nos échecs : le « capitalisme financier et court-termiste, qui pousse aux licenciements », les « immigrés, qui viennent chez nous pour profiter des prestations sociales », ou encore « le travailleur chinois qui nous fait une concurrence déloyale, en acceptant des salaires de misère » (fermez les guillemets…). Angela Merkel, la nouvelle Dame de Fer, offerte sur grand écran aux séances de haine collective, qui nous dispensent d’examiner en détail nos erreurs collectives . Angela Merkel, unique objet de notre ressentiment, celle qui nous interdirait de dépenser sans compter l’argent de ces mêmes financiers court-termistes, fondés largement sur les surplus monétaires chinois… ?

Il est bien vrai qu’entre le « rêve français », caressé pendant la campagne électorale et l’objectif, raisonnable mais prosaïque, d’un retour à l’équilibre budgétaire en fin de quinquennat , il y a un océan. Il est non moins vrai que le retour de la croissance en Europe est une impérieuse nécessité. Mais quel est le bon moyen de l’obtenir ?

Une partie de l’opinion, mal informée, croit dur comme fer que ce gouvernement nous impose « l’austérité ». Car enfin, regardons les chiffres : le déficit des finances publiques a atteint encore 4,8 % du PIB, l’an dernier, le gouvernement espère le ramener à 3,7 % l’an prochain. En attendant, la dette publique a atteint les 90 % à la fin de l’an dernier et personne ne semble en mesure d’endiguer sa progression.

Encore une fois, si la dépense publique était la recette d’une forte croissance, la France qui a l’une des plus élevées du monde (56,5 % du PIB, contre 44,7 % en Allemagne) connaitrait le plein emploi et l’Allemagne, le chômage de masse ; or, c’est exactement le contraire : les Allemands ont deux fois moins de chômeurs que nous : 5,4 % contre 10,8 % de la population active.

Ceci dit, il n’est pas stupide de faire observer que les politiques qui réussissent à l’Allemagne, à l’Autriche ou à la Finlande ne sont pas nécessairement celles qui conviennent aux économies du Sud . Entre deux politiques qui ne marchent pas – la relance par la consommation et l’obsession d’un impossible rééquilibrage des finances publiques, il y a peut-être d’autre directions.

Celle dans laquelle s’engage le Japon un cran au-dessus des Etats-Unis, mais dans la même direction. Des taux d’intérêt nuls, afin de pousser les banques à prêter aux entrepreneurs et aux consommateurs un rachat massif de la dette publique par la Banque centrale le pari de l’inflation pour épurer les dettes et enfin la dégradation programmée du cours de monnaie afin de doper les exportations. Bien sûr, cela ne peut manquer de créer de dangereuses bulles spéculatives et, in fine, de ruiner les épargnants, tout en relançant la guerre des monnaies.

Encore une idée qui ne plaira pas à la chancelière allemande, mais lorsqu’on a tout essayé – en vain – on ne risque plus grand-chose à une ultime tentative désespérée … Car enfin, la crise ressemble de plus en plus au jeu de la patate chaude : ça commence par des banques, ruinées par leurs prêts immobiliers (les subprimes); ça se poursuit avec le renflouement de ces banques par les Etats - d'où l'excès des dettes publiques ; à présent, ça continue par le gonflement de la masse monétaire, qui a plus que doublé en cinq ans....

Henri Guaino nous disait récemment qu’il l’approuvait le nouveau "modèle japonais" ; et vous, Karine Berger, qu’en dites-vous ?

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