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La guèguerre des chefs

4 min
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Rarement notre pays aura eu autant besoin d’une opposition . D’une opposition vigilante, forte et cohérente.

Parce que la situation économique est alarmante : le taux de chômage est insupportable, les finances publiques sont en déroute, les industries se délocalisent, la trésorerie des entreprises est calamiteuse, le CAC 40 a dévissé et, pour la première fois depuis un quart de siècle, le revenu disponible des ménages va baisser cette année, alors même que le niveau des prélèvements doit augmenter massivement.

Pour tenter de faire face à cette situation, nous avons donné tous les pouvoirs – présidence, Assemblée nationale, Sénat, toutes les régions sauf une – à un seul et même parti. Oui, dans cette circonstance, je le répète, une opposition vigilante, forte et cohérente est une nécessité démocratique. Pour prévenir toute tentation de recréer « l’Etat-PS » des années 80. Pour contrôler l’action du gouvernement et faire des propositions alternatives.

Or comment apparaît l’opposition ? Affaiblie par ses divisions internes et en panne de projet .

Aussitôt consommée la défaite électorale, les couteaux ont été tirés. Sollicités par des médias davantage friands de guerre des chefs que de solutions concrètes aux problèmes du pays , chaque personnalité de quelque envergure au sein de la famille néo-gaulliste a cédé à la tentation de faire parler d’elle au détriment de l’intérêt collectif. Par la grâce du manichéisme ambiant, voilà le duel Fillon-Copé pour la direction de l’UMP en passe d’être transfiguré en combat du siècle entre l’ange et le démon…

Mais enfin, qui ne voit que cet affrontement entre deux écuries présidentielles aux ambitions prématurées ne porte ni sur le programme, ni sur la stratégie.

Le clan Fillon accuse la tendance Copé d’avoir droitisé la campagne. Mais autant qu’il m’en souvienne, François Fillon a bien été le premier ministre de Nicolas Sarkozy et ce pendant toute la durée de sa présidence. Jean-François Copé se pose en « chef de famille », rassembleur d’une « droite moderne et décomplexée », alors même qu’il s’emploie à verrouiller l’appareil de l’UMP en plaçant ses amis aux postes de responsabilité . Il aura du mal à faire oublier que sa stratégie personnelle passait par une défaite du président sortant en 2012. Fillon a l’opinion pour lui, Copé les militants.

En réalité, on est loin des vraies batailles d’autrefois, celles qui opposaient droite sociale et droite libérale et surtout les souverainistes à la Seguin aux pro-européens, comme Balladur. Cette querelle de machos est d’un autre âge . Mais elle mobilise toutes les énergies dans la lutte pour le pouvoir interne.

Si encore, les deux rivaux incarnaient une réelle alternative politique ! Mais la vérité est que la fusion RPR-UDF s’est traduite par une victoire idéologique de cette dernière. Les néo-gaullistes se sont convertis à la décentralisation, à l’intégration européenne, à l’atlantisme, à une forme de libéralisme et à la mondialisation...

Les médias de gauche peuvent bien faire semblant de croire à l’existence, au sein de l’UMP, d’une forte tentation d’alliance avec le Front national ; en réalité, elle n’existe nulle part. Même pas dans la droite Populaire, qui se considère comme un rempart et non une passerelle vers le FN. Sur la stratégie non plus, il n’y a pas de désaccord fondamental : en réalité, Copé et Fillon sont sur la même ligne : ni alliance avec le FN, ni « front républicain » avec les partis de gauche.

D’ailleurs, la perspective d’une alliance avec le FN est devenue plus invraisemblable encore depuis que celui-ci a été relooké par l’héritière le FN, qui se présente comme le parti des perdants de la mondialisation, et plaide pour le protectionnisme, la sortie de l’euro, le refus farouche de la mondialisation, la défense des services publics. C’est parfaitement incompatible avec le programme de l’UMP. Comme, d’ailleurs, le programme du Front de Gauche n’est pas compatible non plus avec celui du Parti socialiste.

Le heurt de deux ambitions est parfaitement légitime. Mais pourquoi en faire tout un fromage ?

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