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La guerre est déclarée

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La guerre est déclarée. Elle l’est depuis longtemps, mais les Européens ne voulaient pas le savoir. Car enfin, Mohamed Merah , l’assassin des enfants juifs de l’école Ozar Hatorah à Toulouse et des soldats françaisImad Ibn-Ziaten, Abel Chennouf et Mohamed Legouad, c’était en 2012. Mehdi Nemmouche , ancien tortionnaire de l’Etat islamique, devenu assassin antisémite au Musée Juif de Bruxelles, en mai dernier. Des « loups solitaires », a-t-on dit. Cinq attentats islamistes auraient été déjoués depuis l’été dernier, selon le président de la République. Ici ou là des « déséquilibrés » foncent sur des foules, selon une technique mise au point par les terroristes palestiniens en Israël, en criant Allahou akbar.

Christophe Deloire directeur général de Reporters sans frontières : « Attaquer une rédaction à l’arme lourde, c’est le type de violence qu’on voit en Irak, en Somalie, ou au Pakistan ». N’oublions pas non plus le prix du sang payé par d’innombrables intellectuels, universitaires et journalistes algériens durant les années de braise, victimes du Groupe islamique armé.

L’un des émirs du GIA, Jaafar al Afghani prononça ainsi la sentence : « les journalistes qui combattent l’islam par la plume périront par la lame . » Dès janvier 1993, le FIS affiche ses listes d’intellectuels à exécuter. Le grand écrivain et journaliste Tahar Djaout est abattu le 26 mai 1993. Dans son dernier article, consacré au « fascisme théocratique », il écrivait : « si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, écris et meurs . » Le journal Hebdo Libéré est attaqué par des islamistes le 21 mars 1994. Deux journalistes y laissent la vie. Saïd Mekbel, directeur du quotidien Le Matin est assassiné le 4 décembre 1994. Entre 1993 et 1998, ce sont plus de 100 journalistes algériens qui paieront de leur vie leur détermination à exercer leur métier. D’autres journalistes, écrivains et cinéastes ont été assassinés en Europe, comme Theo Van Gogh. A présent, ce pourrait bien être notre tour.

Le terrorisme vise à intimider. Il mise sur la peur qu’inspirent ses violences pour faire taire les témoins et les critiques. La meilleure manière de faire échec à ses manœuvres est tenir ferme sur nos valeurs : nous sommes une République laïque . Si les infractions aux lois civiles sont punies, notre Etat ne reconnaît ni n’applique les lois particulières d’aucune religion. Et il poursuit ceux qui s’arrogent ce droit de punir au nom de leur religion, lorsqu’ils troublent l’ordre public. Ainsi, il ne saurait exister chez nous de délit de blasphème .

Nos philosophes des Lumières ont suffisamment bataillé pour nous gagner le droit d’oser penser par nous-même, de parler en toute liberté des religions, de critiquer leurs textes sacrés et de rire de leurs superstitions, pour que nous n’acceptions pas de suspension de cet esprit critique en faveur de quelque croyance que ce soit. C’est une question d’identité , car nous avons aussi la nôtre et cet aspect-là, en particulier, n’est pas ouvert à la négociation.

Nous sommes en guerre. Cela exige l’unité nationale . Un piège nous est tendu par ceux rêvent de nous opposer les uns aux autres. Rares sont les gens assez bêtes pour croire que les musulmans français se réjouissent des attentats contre Charlie Hebdo. Bénéficiant de la laïcité comme tous les Français, ils participent au climat d’union nationale qui a fait descendre des centaines de milliers de nos compatriotes dans les rues, hier.

Dans son livre consacré à l’affaire de la publication par Charlie Hebdo des caricatures danoise du prophète de l’islam, « Reviens Voltaire, ils sont devenus fous », l’ancien directeur de cette publication, Philippe Val écrit : « Etrangement, plus d’une fois, j’ai trouvé mes meilleurs avocats parmi des religieux ou des laïcs d’origine musulmane, et mes accusateurs les plus radicaux dans la mouvance d’extrême-gauche ». (p. 130) Bien des gens ont dit et écrit toute sorte de sottises à cette époque, confondant la critique des dérives extrémistes avec la stigmatisation des croyants, les attaques contre l’islamisme avec le racisme… Des rappeurs ont appelé à « un autodafé pour ces chiens de Charlie ». Certains, au nom d’un antiracisme dévoyé ont justifié la censure par les « spécificités » supposées de l’islam, sa « sensibilité » particulière. Espérons qu’ils le regrettent aujourd’hui.

Comme l’écrivait Martin Amis après les attentats du 11 septembre, « Nous respectons l’islam – donateur d’innombrables avantages à l’humanité et possesseur d’une histoire palpitante. Mais l’islamisme ? Non, on peut difficilement nous demander de respecter une croyance qui réclame notre propre élimination. »

L’islamisme nous a déclaré la guerre, à nous Français, de manière prioritaire, parce que nous sommes une République laïque. Sommes-nous en état de répondre et de gagner ?

► retrouvez notre dossier spécial « Nous sommes 'Charlie »

► retrouvez le programme de la journée spéciale « Parler contre la terreur »

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