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La Hongrie de Viktor Orban, laboratoire du souverainisme

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Je ne comprends pas bien pourquoi tous les critiques de l’indépendance de la BCE, tous ceux qui estiment que la crise des dettes publiques en Europe pourrait être facilement résolue par leur monétisation, ceux qui croient que nos problèmes à l’exportation proviennent de la « surévaluation de l’euro », non je ne comprends pas pourquoi tous ces souverainistes, de droite comme de gauche , ne courent pas à Budapest soutenir Viktor Orban. Car enfin, voici un politicien qui met en œuvre les recettes mêmes qu’ils préconisent.

A la recherche d’un « modèle alternatif au capitalisme occidental », comme il l’a confié à son homologue chinois, le premier ministre hongrois n’est-il pas en train de « s’affranchir des règles fixées par Bruxelles ». Le plein d’essence, à Budapest, coûte 10 % du salaire moyen ? Mais enfin, c’est pour une bonne cause : la « dévaluation compétitive » ! Car si le gouvernement hongrois a laissé sa monnaie perdre 16 % de sa valeur en 6 mois, c’est pour regagner des parts de marché à l’exportation... Viktor Orban est un homme qui croit que la politique doit dicter sa loi à l’économie et non l’inverse un homme qui renforce le pouvoir de l’Etat et pour lequel l’idée de souveraineté nationale est sacrée. Il n’a pas de mots assez durs pour dénoncer le caractère spéculatif des marchés : pensez, ils osent réclamer 9,9 % d’intérêt pour prêter à la Hongrie. C’est bien la preuve de leur perversité fondamentale. Il faut dire qu’il y a un vrai complot contre la Hongrie d’Orban. La preuve : les agences de notation – presque toutes américaines, comme on sait – estiment que la dette publique du pays présente un caractère « spéculatif ». Mais Viktor Orban s’en moque et il les renvoie… à la niche.

J’allais oublier la TVA sociale , dernière trouvaille du gouvernement français, censée avoir les effets d’une dévaluation, puisqu’elle renchérit les coûts des produits importés et permet une baisse des charges sociales payées par les entreprises. Et bien, si le niveau des prélèvements sur la consommation mesure le degré de « socialité » d’une TVA, la Hongrie bénéficie de la TVA la « plus sociale » d’Europe, puisqu’elle atteint 27 % ...

Toutes la panoplie des recettes des « docteurs Y’a Qu’à » du monde sont en cours d’application en Hongrie

Le Président de la Cour Suprême hongroise s’opposait à l’autorité de l’exécutif : pas de problème, on démet cet agent de l’étranger. La Cour budgétaire , (équivalent de notre Cour des comptes) estimait que le rythme de la dépense publique n’était pas compatible avec des rentrées fiscales bridées par la « flat tax ». Mentalité purement comptable ! Finie, la Cour budgétaire, rayée d’un trait de plume. Le directeur de la Banque centrale hongroise s’opposait à ce que le gouvernement mette la main sur les 35 milliards d’euros de réserve accumulés dans ses coffres : Orban a mis fin à l’indépendance de la Banque centrale. La Commission européenne et le Fmi exigent que le gouvernement s’attaque à la dette publique hongroise. Elle a atteint 82% du PIB. 82 % % ? Et alors ? C’est moins que la France, avec ses 85 %. On ne va pas plier devant ces représentants patentés de l’orthodoxie financière ! Place à « l’autre économie », celle qui saura s’affranchir du principe de réalité.

Trêve de plaisanterie. La Hongrie est un pays gouverné pour son malheur par un parti, le Fidesz qui, non seulement a emporté une victoire électorale en forme de raz-de-marée, mais où l’opposition est divisée entre socialistes et extrême-droite (Jobbik). Cela a permis à son leader de supprimer de manière parfaitement légale tous les contre-pouvoirs institutionnels . Si la presse écrite est pluraliste et libre, la majorité des Hongrois sont informés par des radios et des télévisions qui, dès le mois prochain, avec la fin de Klubradio, seront toutes contrôlées par le pouvoir. La Hongrie n’est pas une dictature, mais elle connaît une dérive autoritaire inquiétante qui transgresse les règles édictées par l’Union européenne. Le seul pouvoir qui puisse s’opposer à celui de Viktor Orban est désormais celui de l’argent : le pays, ruiné par la mauvaise gestion de l'équipe au pouvoir, a un besoin urgent de refinancement – 15 milliards d’euros, cette année. Il dépend donc de la bonne volonté de la Commission européenne, de la BCE et du Fmi. Il n’y a plus qu’eux pour ramener le gouvernement hongrois à la raison.

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