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La ligne Orwell-Onfray

3 min
À retrouver dans l'émission

C’est le 12 mars dernier qu’on a commencé à trembler pour Michel Onfray. Ce jour-là, sur un caprice de Franz-Olivier Giesbert, jouant les grands reporters pour son hebdomadaire, Le Point consacrait sa une au créateur de l’Université populaire de Caen. Qu’est-ce qui avait bien pu pousser ce newsmagazine, libéral et pas franchement socialiste, à consacrer un dossier de 14 pages à un philosophe qui se réclame de la gauche radicale et antilibérale , dénonce l’Europe et l’euro ? Il ne se passait donc rien de plus important du côté de l’Ukraine, de l’Irak ou de la Syrie ? Les dérapages budgétaires honnis avaient-ils miraculeusement disparu ? Vraiment, Franz-Olivier, comment comptiez-vous vendre du panthéisme et de la pensée de Schopenhauer aux notaires de province et pharmaciens du Rotary ?

Les mauvaises langues diront : FOG avait diagnostiqué avant tout le monde le glissement inconscient vers la droite du philosophe athéologue. Il se serait souvenu de l’Evangile de Luc : « C’est ainsi qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » C’est la version à laquelle se sont ralliés les éternels censeurs des pensées qu’ils ne comprennent pas. On l’observe depuis quelques jours : le chœur des vigilants s’est reformé pour vouer aux gémonies « l’hédoniste libertaire », comme il avait autrefois censuré les « dérapages » de Taguieff, ou décrété l’ostracisme de Régis Debray. Dans un vieux pays catholique comme le nôtre, les anticléricaux eux-mêmes retrouvent bien vite des réflexes d’Inquisition . Nos clercs, qui veillent au bon ordre dans les rangs, ont vite fait de lancer la chasse aux hérétiques, tout en se réclamant de la transgression.

Depuis le milieu du XVI° siècle jusqu’au Concile Vatican II, a sévi une Congrégation de l’Index, chargée par le pape de recenser tous les ouvrages dont la lecture aurait constitué pour tout croyant respectueux de l’autorité pontificale. Il semble qu’une telle institution se soit reformée de manière informelle, ainsi, d’ailleurs, que la « bonne presse », celle qui est chargée de propager la saine morale et la bonne pensée . La nouveauté est qu’elle se pare des intérêts du progressisme dans la version multiculturaliste.

Michel Onfray
Michel Onfray Crédits : France 2

Michel Onfray a réussi un tour de force : être pris à partie, en gros, avec les "pseudo-intellectuels", par la ministre de l’Education nationale, et en détail, par le Premier ministre. La première lui reproche un tweet. Je cite « Et si, à l’école, au lieu de la théorie du genre, on apprenait à lire, à écrire, à compter, à penser ? » Le second a déclaré : « Michel Onfray perd ses repères », après que celui-ci ait déclaré préférer avoir raison avec un penseur de droite que tort avec BHL et Attali. Il n’y a qu’en France – et autrefois dans les démocraties populaires – qu’un dirigeant politique prend la peine de répondre à un intellectuel. Partout ailleurs, on les ignore. Tant mieux pour notre intelligentsia !

Mais pour quoi, aussi, le prend-on au sérieux ? Parce qu’elle joue un rôle de classe d’opposition de substitution. La gauche institutionnelle s’inquiète parce qu’elle a compris qu’elle allait se trouver aux prises avec une gauche nouvelle, apparue avec des auteurs comme Onfray, Jean-Claude Michéa, Jean-Pierre Le Goff, ou Laurent Bouvet. Un gauche qui, comme Orwell, se dit prête à bazarder les appareils politiques au profit de la proclamation de la vérité. Une gauche, qui n’est pas prête à sacrifier la laïcité, ni la libre circulation des femmes dans l’espace public aux toquades de la mode « multiculti ». Une gauche qui, pour l’instant, ne dispose pas de relais politique identiiable. Mais dire qu’elle « fait le jeu du FN » relève de la basse calomnie.

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