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La lutte des classes : entrepreneurs contre rentiers

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Combien de fois avons-nous entendu à ce micro, ou à télévision, lu dans des revues, ou lors de discussions à bâtons rompus sur les médias sociaux des idées comme :

« il suffirait d’une bonne dose d’inflation et le problème des dettes publiques serait réglé en moins de deux ». Ou encore : « si nos entreprises perdent des parts à l’exportation, c’est à cause de l’euro cher. Si les Allemands n’étaient pas aussi traumatisés par leurs crises de 23 et de 31, nous pourrions profiter d’une bonne dévaluation et nos produits redeviendraient compétitifs ». Sans oublier : « La désindustrialisation, qui est causée par les délocalisations rend nécessaire une politique industrielle, qui donnerait naissance à quelques champions nationaux, capables de résister à la concurrence internationale ». Qui peut déboucher sur : « La concurrence que nous subissons des pays en développement est insoutenable. Nous devons protéger nos entreprises par des droits de douane, mettre en place un protectionnisme intelligent . » Et bien sûr : « c’est la politique de rigueur qui nous enfonce et provoque le développement du chômage. Ce qu’il faudrait, c’est une vigoureuse relance par la dépense publique et la consommation. » Et encore : « les charges sociales qui pèsent sur les entreprises sont excessives. Si elles étaient sérieusement allégées, leurs chefs se remettraient à embaucher et le chômage reculerait. Il n’y a qu’à augmenter d’autant la TVA. »

Toutes ces idées, tous ces « y’a qu’à » n’ont pour eux que l’apparence du bon sens. Elle se traduiraient par une saignée du pouvoir d'achat. Elles sont, dites-vous, "punitives". Vous les pourfendez, Jean-Marc Daniel, en démontrant leur égale fausseté dans votre nouveau livre, L’Etat de connivence. En finir avec les rentes. A vos yeux, ce dont souffre notre économie, c’est d’une captation indue de revenus par des catégories qui ne créent pas les richesses correspondant à leurs avantages. Elles s’y accrochent en s’appuyant sur l’Etat où elles ont leurs relais. Seule, la mise en concurrence peut faire tomber ces bastions pour le plus grand bénéfice du consommateur , grâce à la baisse des prix.

Vous savez bien ce qu’on peut vous rétorquer : il est excellent que le prix des biens et des services baissent, sous l’effet de la concurrence. Mais quid s’il n’y a plus d’emplois pour générer les salaires qui permettaient de se les procurer ?

Ce que je retiens aussi de votre livre, c’est que, d’une certaine manière, le moteur de l’économie, ce n’est pas la lutte du travail contre le capital, du salarié contre le patron, mais celle de la concurrence contre la rente , de l’entrepreneur contre le rentier.

Or, la concurrence a mauvaise presse dans notre pays. Elle est accusée de pousser les salaires à la baisse et de créer des conditions de travail stressantes. Vous la défendez parce qu’elle pulvérise les situations acquises , ébranle les castes d’initiés, empêche les connivences entre grands patrons dépendant de commandes publiques et décideurs politiques. Et surtout, encore une fois, parce qu’elle provoque une baisse des prix et qu’elle favorise, par conséquent, le consommateur.

De son côté, Eric Dupin nous présente un certain nombre d’expériences « alternatives » qui témoignent, dans de nombreux cas, d’une volonté d’échapper au monde de la consommation. « On essaie de vivre avec le moins d’argent possible », dit, par exemple Patrick Baronnet. Avec sa femme, ils se disent autonomes sur le plan énergétique et vise manifestement un stade aussi proche que possible de l’autosuffisance. Il semble que de plus en plus de gens soient en train de sortir, contraints ou non par le chômage, du circuit économique classique .

Les libéraux considèrent le marché comme une forme d'émancipation. Et ceux qui se réclament de la gauche plaident pour qu'on aide les plus démunis à y accéder. Les "alternatifs" d'Eric Dupin cherchent plutôt à lui échapper.

Alors, la baisse des prix par la concurrence libre et non faussée, en quoi cela peut-il les concerner ?

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