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La mondialisation contre la pauvreté

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Les bonnes nouvelles, en économie, ne sont guère fréquentes, depuis le début de la crise. Aussi, lorsque l’ONU a annoncé, l’an dernier, que l’objectif n° 1 du Millénium pour le développement avait été atteint avec cinq ans d’avance , bien des gens se sont étonnés.

L’objectif n° 1, adopté en l’an 2000 par 193 Etats membres de l’Organisation des Nations Unies, était, en effet, si ambitieux que bien des experts l’avaient jugé, à l’époque, hors d’atteinte : il s’agissait de faire reculer de moitié l’extrême pauvreté et la faim dans le monde d’ici 2015. Ce fut chose faite dès la fin de 2010. Pour être précis, la proportion de personnes sous-alimentées dans les pays en développement, qui était évaluée à 23,2 % de leur population en en 1990 est tombée à 14,9 % aujourd’hui. C’est un résultat d’autant plus méritoire qu’entre-temps, la population de ces pays a très fortement augmenté.

François Bourguignon, vous estimez que le nombre de personnes en situation de pauvreté extrême à baisser de 500 millions en 20 ans . En 30 ans, ce sont 660 millions de Chinois qui sont sortis de la pauvreté. Pour l’ensemble de l’Asie, la pauvreté extrême, qui affligeait 77 % des populations à la fin du XX° siècle est tombée à 14 %.

Ce succès a été rarement relevé en Europe, parce qu’il contredit la doxa ambiante, selon laquelle le monde entier devrait s’appauvrir, puisque notre niveau de vie, à nous, en effet, stagne .

La croissance, en effet, si elle s’effondre en Europe, reste soutenue chez les émergents. Elle devrait atteindre 5,6 %, cette année en Afrique sub-saharienne, pour prendre cet exemple méconnu ; le continent étant lancé, à son tour, dans un formidable effort de rattrapage.

Ce rattrapage est favorisé par deux facteurs : la mondialisation des échanges et l’appropriation par les populations des émergents, des technologies de pointe .

Dans le cas de l’Afrique, c’est en particulier le cas des téléphones portables : le continent compte à présent 700 millions d’abonnés. L’Afrique, qui a dépassé l’Amérique latine, occupe désormais la deuxième place dans le monde en nombre de connexions. Certes, les zones rurales demeurent souvent mal couvertes. Mais la concurrence sauvage que se livrent les opérateurs sur le continent, a permis de faire baisser les prix de manière spectaculaire. Grâce à ce sésame, les Africains bénéficient, à quasi-égalité avec les pays développés, de l’information notamment économique , des services bancaires et en particulier, du crédit, de services publics à distance, et des soins médicaux par la télémédecine .

Le grand économiste indien Jagdish Bhagwati , a montré combien la mondialisation, dont il est un défenseur, avait contribué à faire reculer la pauvreté : en s’insérant dans le nouveau système de division internationale du travail, les pays émergents jouent de leurs avantages comparatifs . La mobilité du capital leur est bénéfique, comme la mobilité du travail avantage les pays développés. Ce que démontre l’expérience des trente dernières années, ce sont les risques de l’autarcie : les régions exclues de la mondialisation s’appauvrissent.

Dans son livre, « Eloge du libre échange », Bhagwati aborde la question du travail des enfants . C’est de manière bien hypocrite, selon lui, que les pays anciennement développés comme les Etats-Unis, brandissent cette question, à seule fin de protéger leurs propres industries de la concurrence des pays en développement. En réalité, moins de 5 % des productions obtenues par cet abus sont destinées à l’exportation. Et l’élévation du niveau de vie des familles, que provoque l’insertion de leur pays dans la mondialisation, les amène à davantage d’exigences en matière d’éducation pour leurs enfants.

Et Bhagwati de dénoncer « l’exploitation cynique des questions morales », qui serait le fait des courants protectionnistes des riches pays de l’Ouest. Pour cet économiste indien, les puissances occidentales se servent des questions sociales et environnementales, afin de justifier les sanctions commerciales qu’elles infligent aux pays émergents, parce qu’elles redoutent leur concurrence.

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