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La nostalgie de "l'autre politique"

5 min
À retrouver dans l'émission

Une vieille nostalgie hante les socialistes français. Celle de « l’autre politique », celle qui n’a jamais été essayée. Celle que François Mitterrand lui-même a écartée, après avoir hésité, en 1983 .

Cette année-là, les chiffres du commerce extérieur, du déficit budgétaire, de l’inflation et du chômage sont catastrophiques. Le pari sur la croissance de 1981 se révèle avoir été hasardeux. Il faut dire que le gouvernement d’Union de la gauche n’a pas eu de chance : il a pratiqué la relance par la consommation , à un moment où le reste de l’Europe occidentale était engagé, au contraire, dans des politiques de lutte contre l’inflation. L’augmentation des salaires, importante, pèse sur la compétitivité des entreprises. Leur taux d’investissement en est sévèrement affecté. D’importantes fuites de capitaux se produisent. L’inflation dépasse les 13 % . Après deux dévaluations du franc, en 81 et en 82, un premier tournant est adopté en juin 82 : le gouvernement bloque les prix et les salaires, le déficit budgétaire doit être ramené à 3 %. Mitterrand annonce que la priorité est désormais la lutte contre l’inflation. Et de fait, celle-ci sera victorieuse. Mais la dégringolade du franc et le dérapage du solde commercial extérieur , eux, continuent.

Deux analyses contradictoires de la situation sont faites alors au sein du gouvernement. La première est celle de Jacques Delors , ministre de l’économie et des finances, incarnant une aile réformiste et sociale-chrétienne du socialisme français. Il est appuyé, discrètement, par le premier ministre, Pierre Mauroy, un social-démocrate authentique. La seconde est incarnée par Jean-Pierre Chevènement , fondateur et responsable du CERES, l’aile radicale du PS, à laquelle François Mitterrand a confié pour mission de doubler le parti communiste sur sa gauche.

Delors, depuis les premiers mois de « l’expérience socialiste » met en garde ses collègues du gouvernement pour lui, le problème provient de l’état de l’appareil de production : une politique de relance par la demande n’a de sens que si les entreprises nationales sont capables d’y faire face. Sinon le supplément de revenu des ménages sera utilisé pour acheter des téléviseurs japonais et des machines à laver allemandes. Or, nos entreprises, malgré deux dévaluations, restent insuffisamment compétitives dans une Europe dont les marchés nationaux ont été ouverts par le marché commun. Si le Franc veut rester au sein du Système monétaire européen, le pays ne peut dévaluer sa monnaie tous les ans, pour tenter de rétablir sa compétitivité.

Chevènement, n’hésite pas, au contraire, à préconiser une sortie du SME , une troisième dévaluation du franc, plus vigoureuse encore que les deux premières, l’instauration de mesures protectionnistes aux frontières, une politique de volontarisme industriel qui s’appuierait sur une banque nationale d’investissement. Avec quel argent ? tonne Delors. Les nationalisations ont déjà coûté 39 milliards de francs et l’Etat français emprunte désormais à plus de 15 % d’intérêt ! La France ne peut s’affranchir de son environnement européen. Le protectionnisme mène au déclin en vase clos.

Lorsqu’en mars 1983, la gauche est sévèrement battue aux municipales, perdant 31 grandes villes, François Mitterrand a déjà choisi. C’est le « tournant de la rigueur », rebaptisé « pauses dans les réformes », car il était impossible de décevoir les militants socialistes, en faisant la théorie de la nouvelle politique. Ils resteront longtemps nostalgiques de « l’autre politique », celle qui s’affranchirait enfin de l’économie de marché et de l’Europe – comme on disait alors pudiquement des « contraintes extérieures » pour tenter l’aventure du « vrai socialisme ».

Aujourd’hui, à nouveau, le vieux rêve de « l’autre politique » revient frapper au carreau . En finir avec la rigueur, relancer la consommation, s’affranchir de l’Europe et de l’Allemagne, retrouver la possibilité de dévaluer la monnaie…

Mais la vérité des chiffres montre que « la rigueur » aussi est un mythe . L’an dernier, le déficit public s’est élevé à 4,8 % du PIB. Deux gouvernements successifs, ceux de François Fillon et de Jean-Marc Ayrault, nous ont bercés sur l’air des « sacrifices » imposés aux administrations, pour mieux faire avaler la pilule de hausses d’impôts sans précédent dans ce pays en temps de paix. Les prélèvements obligatoires atteindront 45,6 % l’an prochain. Nous avons probablement atteint la limite du supportable. Aux administrations et collectivités territoriales de faire des efforts. Or, les dépenses publiques ont continué à augmenter : 2,1 % en 2011, 2,9 % en 2012. Cette année, elles engloutiront 56,6 % du PIB. Il faut le savoir : c’est un des taux les plus élevés du monde. Nous ne sommes devancés que le Tuvalu, le Lesotho, et autres îles Marshall. La dette publique, qui a dépassé les 90 du PIB à la fin de l’année dernière, atteindra 93,4 % du PIB à la fin de cette année. Alors, oui, il va falloir reparler de la rigueur. Et plus seulement en parler, cette fois…

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