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La place de l'Europe dans la présidentielle

4 min
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L’atmosphère surchauffée, les insultes et les mauvais procès qui miment nos vieilles guerres civiles, ont probablement pour fonction de masquer la relative proximité des programmes respectifs des deux finalistes. Qu’on arrête de jouer la partition du « choix de civilisation », d’invoquer de la lutte de l’Ange et du Démon... Ce manichéisme n’est pas de saison, alors que les choix n’ont jamais été aussi contraints, ni les marges de manœuvre aussi serrées.

Après tout, sur les questions essentielles, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont plus de points communs qu’avec les courants radicaux, de droite et de gauche, dont ils cherchent à séduire les électeurs. C’est notamment le cas de la politique européenne. Oh certes, il y a des nuances entre les deux programmes. Mais aucun des deux finalistes ne projette de renverser la table, de rompre l’alliance avec l’Allemagne, de se soustraire à l’objectif de retour à l’équilibre des comptes publics, et encore moins d’abandonner la monnaie unique.

François Hollande est un delorien. Il a siégé six mois au Parlement européen, et n’a renoncé à son mandat de député européen que pour se consacrer à sa Corrèze. Partisan du oui au référendum de 2005, il doit sa réputation d’habileté diplomatique à la manière dont il a su gérer un PS intimement déchiré entre oui-ouistes et partisans du non. Comme beaucoup d’eurodéputés en ce moment, il s’inquiète du glissement vers la logique intergouvernementale qui a marqué la gestion de la crise. Rendre de l’initiative au Parlement et à la Commission lui permettrait aussi de sortir du tête-à-tête franco-allemand qui, que dans l’état actuel des choses, ne saurait être favorable aux idées de la gauche française.

Surtout, il redoute que la politique de réduction des déficits publics ne s’accompagne d’un effondrement de l’activité économique. Il réclame donc des mesures de relance , notamment les eurobonds et la mise en chantier de grands travaux à l’échelle européenne. Merkel est d’accord pour augmenter un peu les ressources de la Banque européenne d’investissement. Par contre, elle a répété qu’il n’était pas question de renégocier que le Pacte de stabilité, déjà signé par 25 des 27 Etats membres et ratifié par 3 d’entre eux, comme le réclame Hollande.

On dit que celui-ci rencontre ainsi un courant ascendant à Bruxelles. Mais Angela Merkel a prévenu hier « Nous devons prendre nos distances avec l’idée qu’il faut toujours dépenser de l’argent pour obtenir de la croissance. » Herman van Rompuy, le président du Conseil européen, est sur la même ligne et réclame qu’on s’inspire, des réformes adoptées par l’Allemagne il y dix ans et la Suède il y a vingt ans… Et Barroso d’avertir : « Il ne saurait être question de relancer l’économie sur la base d’un stimulus budgétaire , ce serait un retour aux erreurs du passé ». La Commission veut non pas un relâchement de la discipline budgétaire, mais des réformes de structure susceptibles d’améliorer la compétitivité de l’Union. Elle réclame la libre circulation des travailleurs, ce qui passe par la conservation des droits sociaux, notamment pour les chômeurs qui cherchent du travail dans un autre pays de l’UE. Elle préconise un allègement des charges patronales sur le travail qui passerait notamment par des taxes sur les émissions de CO² et des hausses de TVA.

Ce qui rencontre, cette fois, le programme de Nicolas Sarkozy .

Celui-ci peut se targuer d’une gestion tambour battant de la crise qui a impressionné les capitales européennes. Mais il finit sur des critiques de la BCE qui ne peuvent qu’impatienter l’Allemagne. Il défend, c’est bien le moins, le Traité qu’il a âprement négocié avec la chancelière. Celle-ci a créé la surprise, la semaine dernière, en laissant son ministre de l’Intérieur Hans-Peter Friedrich cosigner avec Claude Guéant une lettre à la Commission, réclamant la possibilité de rétablir des contrôles aux frontières nationales pendant un mois en cas de défaillance d’un pays à une frontière extérieure de l'espace Schengen.

Mais force est de constater que les questions européennes, pourtant déterminantes pour l’avenir de notre pays, n’auront pas été au centre de la campagne. Espérons qu’elles figurent avant le dessert au menu du débat de ce soir…

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