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La place de l'Inde dans le monde

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Comment l’Inde voit-elle sa place et son rôle dans le monde multipolaire de l’après-guerre, froide ? Ce monde où le phénomène historique essentiel est la montée en puissance de la Chine et de l’Asie orientale ? J’ai regardé ce qui s’écrit sur les sites des principaux think tanks indiens et j’y ai relevé pour vous cet article de Sanjaya Baru , l’un des experts en géoéconomie et en stratégie les plus qualifiés du pays, intitulé « L’inde et le monde. Une perspective géoéconomique ».

Pour Sanjaya Baru, le non-alignement traditionnel de son pays n’a jamais correspondu à une option idéologique, encore moins à une stratégie isolationniste. Il s’agissait seulement, pour le pays, de tirer le meilleur parti de la situation créée par la guerre froide. C’était une tactique adaptée aux intérêts des « régimes intermédiaires », ni capitalistes, ni socialistes. Depuis la vague de réformes libérales et d’ouverture commerciale , lancée dans les années 90, sous l’impulsion de Manmohan Singh – l’actuel Premier ministre, l’Inde a choisi le capitalisme et elle s’en porte bien.

Elle a vu se constituer une immense classe moyenne, qui renforce sa démocratie. Elle possède une classe entrepreunariale extrêmement dynamique. Sa démographie la dote d’une population jeune que la révolution agraire libère pour les emplois urbains. Sa stratégie diplomatique et militaire doit accompagner sa spectaculaire émergence économique et sa puissance commerciale.

Or, l’ascension de l’Inde, fait observer Sanjaya Baru, a lieu dans un monde rendu de plus en plus interdépendant par la mondialisation. Elle en a profité en devenant une grande puissance exportatrice, mais elle doit tenir compte de la concurrence existant tant sur les marchés mondiaux, que pour l’accès aux capitaux, la chasse aux talents et aux ressources naturelles. L’option de l’autarcie et de la fermeture sur soi est plus que jamais interdite. L’autonomie stratégique, la politique traditionnelle du pays, doit, au contraire s’appuyer sur un tissu de relations d’interdépendance mutuellement bénéfiques , avec les autres puissances mondiales et avec les voisins.

Les Indiens observent l’ascension de la Chine au rang de grande puissance, rivale des Etats-Unis, avec un peu de jalousie, et quelque inquiétude. Certes, toute l’Asie bénéficie de cette résurrection historique de l’Empire du Milieu, mais elle est aussi porteuse de menaces pour ses voisins, comme on l’observe en ce moment avec la montée des conflits territoriaux en Mer de Chine méridionale. Les Indiens ont tendance à considérer la Chine et l’Allemagne comme deux puissances également mercantilistes, ayant accumulé des excédents commerciaux exagérés au détriment de leurs voisins . Analyse qui les rapproche de la France.

Ce qui est vital, pour l’Inde, c’est la sécurité de ses voies maritimes. Elle redoute, en particulier, un conflit qui provoquerait le blocage du trafic dans le golfe persique. Elle redoute d'être entraînée dans la guerre froide qui se profile , en mer de Chine, entre une Chine qui défie tous ses voisins pour étendre sa zone d'influence maritime, et des Etats-Unis qui ont décidé de redéployer 60 % de leurs considérables foreces navales en Asie. D’où l’importance que le pays accorde à la modernisation de sa marine et de son aviation.

A propos d’aviation, vous voyez où je veux en venir. La presse indienne annonce que la visite de François Hollande – sa première en tant que président de la République sur le continent asiatique – sera consacrée en particulier à la vente à l’Inde, pas Dassault Aviation, de 126 avions de combat Rafale , qui seront pour l’essentiel, assemblés sur place. Mais la signature de ce méga-contrat ne devrait intervenir qu’en juin.

Il sera aussi question, au cours de cette visite officielle, de centrales nucléaires . Mais le président français devra compter sur ce dossier, avec nos concurrents japonais, qui viennent de quitter l’Inde. Le Japon cherche d’autant plus à exporter sa technologie que sa propre opinion publique conserve de fortes réticences envers le nucléaire civil depuis le tsunami sur Fukuyama. Tokyo, dont les relations avec Pékin se tendent, cherche en ce moment à se rapprocher de New Delhi, l’autre grande puissance du continent asiatique.

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