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La politique arabe de Barack Obama

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On a souvent comparé le Printemps arabe avec les révolutions de velours d’Europe centrale. Il y a, en effet, des points communs. De même que les régimes honnis d’Europe centrale se sont effondrés comme château de cartes aussitôt que Gorbatchev annonça publiquement que l’Armée rouge n’interviendrait plus pour rétablir les dirigeants communistes rejetés par leur peuple, de même Moubarak est tombé lorsqu’Obama, après un entretien téléphonique orageux avec le vieux raïs, le 1° février 2011, a annoncé à ses conseillers médusés, qu’il avait choisi les manifestants de la place Tahrir contre le vieil autocrate, ami des Américain s.

Mais ce précédent a rendu certains observateurs trop optimistes. Ils s’attendaient à voir se dérouler d’harmonieuses transitions démocratiques, s’instaurer de prospères démocraties libérales pro-occidentales, sur le modèle hongrois, polonais, tchèque, ou slovaque… Or, les élections libres ont mis partout au pouvoir des islamistes dont on n’est pas sûr qu’ils soient aussi « modérés » qu’ils le proclament. Ils sont, en outre, sous la pression de salafistes qui, eux, ne sont pas modérés du tout.

Il aura suffi d’un méchant bout de vidéo sur internet pour que les ambassades occidentales soient attaquées dans tout le monde arabo-musulman et qu’un ambassadeur américain, qui avait pris des risques personnels pour soutenir les insurgés de Benghazi, soit lâchement assassiné. On sent, à la lecture de la presse américaine, une certaine désillusion . Et du côté républicain, on accuse le président Obama d’être responsable d’un désastre diplomatique imminent.

Mais c’est ne pas voir que « lorsque le Mur de Berlin est tombé, les anciens pays du Bloc de l’Est savaient exactement ce qu’ils voulaient », écrit Tamara Wittes sur le site de la Brookings . « Ils voulaient devenir une partie de l’Union européenne, et ils avaient pour y parvenir une feuille de route parfaitement claire, avec des incitations pour se maintenir dans la bonne direction ». Rien de tel dans les pays qui sortent du Printemps arabe. Certes, le président Obama a annoncé un budget de 770 millions, destinés, aux investissements dans cette région du monde, l’an prochain. Mais ce n’est certainement pas à la hauteur des enjeux.

Faire d’Obama un naïf, qui aurait lâché la proie des autocrates pour l’ombre des islamistes est erroné. Le New York Times a consacré, sous la plume d’Helene Cooper et Robert W. Forth, un long papier à la politique arabe du président sortant. Ils remarquent combien l’audace d’Obama envers l’Egypte – il a pris de cours ses conseillers qui lui recommandaient la prudence – contraste avec sa retenue face à l’intervention armée des Saoudiens au Bahreïn.

Certes, Barack Obama est un intellectuel au sang froid, qui ne pratique pas la diplomatie des claques dans le dos de ses prédécesseurs, George W Bush et Bill Clinton. Mais il s’est engagé dans une tentative de renouer avec le monde musulman, dont le Discours du Caire en 2009 et ne déviera pas de sa route s’il est réélu. Aaron David Miller du Woodrow Wilson Centre estime que faire porter au président américain la responsabilité des émeutes anti-américaines est inapproprié : « « l’influence américaine durant le Printemps arabe a diminué, parce que sont à l’œuvre des forces que nous ne contrôlons nullement. Parmi elles « des groupes d’islamistes encore marginaux mais dont l’influence est croissante, en colère contre ce que nous sommes – notre culture, nos valeurs, notre liberté de conscience et notre liberté de parole. »

Hier, devant l’Assemblée nationale des Nations-Unies, Obama a pris l’engagement que les « Etats-Unis feraient ce qu’ils doivent faire » pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire . Leur porte-avions patrouille dans le détroit d’Ormuz et les bombardiers se tiennent prêts. Pour le moment, la priorité est là. Quant aux islamistes vainqueurs des élections du Printemps arabe, ils ont le temps de décevoir. Rien ne dit qu’ils sont au pouvoir pour l’éternité. La politique arabe des Etats-Unis, engagée par Barack Obama peut-elle changer radicalement après les élections de novembre ?

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