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La Pologne, 10 ans dans l'UE. Un bilan.

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Dans le Polityka de cette semaine, (l’équivalent en mieux de nos Express, Obs et Point confondus), Jerzy Baczynski, son rédacteur en chef, signe un éditorial consacré au 10° anniversaire de l’adhésion de la Pologne à l’UE. Et je m’en vais vous le résumer.

Pour célébrer l’évènement, le premier ministre Donald Tusk a chanté « Hey Jude ». Sur internet, eut lieu un concours sur le thème : quelle est la chanson qui aurait le mieux convenu ? La réponse fut « with a little help from my friends ». Avec un petit peu d’aide de mes amis. En effet, la Pologne a beaucoup bénéficié de son appartenance à l’Union européenne. Le pays a attiré une manne inespérée d’investissements étrangers : 26 milliards en provenance de l’Allemagne, autant des Pays-Bas et 22 de la France. Le PIB par habitant qui était inférieur à 50 % du PIB moyen de l’Union en 2003 est aujourd’hui égal à 70 %. Ses exportations ont été dopées. Depuis la sortie du communisme, le revenu par habitant dans le pays a explosé. En outre, la Pologne est le seul pays de l’UE à n’avoir connu aucune récession durant la crise.

Cependant, estime Jerzy Baczynski, les Polonais conservent un « rapport maladivement bipolaire » (stosunek chorobliwie dwubiegunowy) avec l’UE : ils sont entre 70 et 80 % à approuver l’appartenance de leur pays à l’Union, mais ils négligent de voter aux élections européennes : le taux de participation tourne autour de 20 %. Comme beaucoup d’autres électeurs européns, ils critiquent la bureaucratie bruxelloise. Ils ne veulent pas d’une intégration plus poussée. Ainsi, la majorité ne souhaite pas échanger ses zlotys contre nos euros.

Nos politiques ne savent pas nous parler de l’UE, dit le rédacteur en chef de Polityka. Le vieux pathos - « l’Europe, c’est la paix » - n’embraye plus auprès des jeunes générations. Mais le langage qui nous est actuellement tenu, celui de la compétition internationale dans la mondialisation n’est pas davantage convaincant. On ne met pas en doute l’utilité de l’UE, mais on ne parvient pas à la trouver séduisante. Et on critique l’eurosclérose, le déficit démocratique on s’inquiète de la crise des valeurs.

Malgré ce désamour, qui est assez général, et en l’absence de grands défenseurs de son projet, l’UE persiste – mais c’est par sa seule force d’inertie. Elle est devenue un « corps sans âme ».

Mais que les Polonais se souviennent des arguments lamentables utilisés, il y a dix ans, par les partis conservateurs et populistes, hostiles à l’adhésion : la vie allait devenir beaucoup plus chère, les paysans seraient ruinés et les Allemands allaient racheter les terres de l’ouest, récupérées après la guerre... Les mêmes prétendent aujourd’hui que Bruxelles menace la souveraineté nationale, qu’elle va imposer aux Polonais le mariage homosexuel, l’euthanasie, les gender studies et les OGM...

Les Polonais ont de l’UE une image ambigüe : elle leur semble à la fois faible, divisée, incapable de prendre des décisions, mais en même temps, envahissante, posant sans cesse de nouvelles exigences. Certains vont jusqu’à faire de Bruxelles une « nouvelle Moscou », dont il conviendrait d’affaiblir l’autorité, afin de préserver la souveraineté la Pologne.

Plusieurs experts prédisaient la désintégration de la zone euro. Mais la catastrophe financière de la Grèce, qui s’est propagée comme une onde de choc à tout le Sud de l’Europe, a été prise en charge par l’Eurozone sous direction allemande. Des mécanismes de transfert et de consolidation du système bancaire ont vu le jour. « Nous savons déjà que l’euro sera sauvé et que l’UE ne va pas éclater. » Il faut se souvenir que l’intégration a toujours progressé à la faveur des crises.

Mais voilà qu’à peine la contagion grecque enrayée, il faut faire face à la crise ukrainienne. Et les mêmes commentaires fleurissent : l’Union est sans direction, face à une Russie qui a un chef et qui sait ce qu’elle veut . Mais la force d’attraction de l’UE, de la civilisation européenne demeure puissante : c’est sous le drapeau de l’UE que les manifestants de Maidan ont victorieusement résisté aux snipers.

Face à Poutine, nos Etats désunis seraient des proies faciles. La Pologne a gagné en influence au sein de l’UE : ses idées en faveur de l’union énergétique progressent rapidement. La Pologne peut se féliciter d’appartenir à l’Union européenne. Elle se trouve désormais du bon côté de la frontière entre l’ouest et l’est…

Ma question à vos invités, Marc : la Pologne est-elle vraiment aussi influente à Bruxelles que le prétend le rédacteur en chef de Polityka ?

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