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La préférence française pour le chômage

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Les prévisions de l’OCDE pour la France, publiées hier, sont de nature à doucher l’optimisme gouvernemental. Non, le chômage ne va pas baisser, l’année prochaine, contrairement aux engagements du président de la République, il va continuer à augmenter, passant de 10, 7 % cette année à 11,1 %, en 2014. La situation pourrait même s’avérer pire, si « les réformes structurelles sont mal appliquées, ou insuffisantes pour rétablir la confiance ». La Commission européenne non plus, ne croit pas que la France puisse améliorer la situation de l’emploi et réclame également de profondes réformes de structure, en échange du délai supplémentaire accordé à notre pays pour redresser ses comptes publics. Alors, oui, le chômage va continuer à gangréner la société française , à ruiner notre confiance en une Europe qui nous promettait le plein emploi…

Notre vision du chômage est déformée par les images des usines qui ferment : la majorité des chômeurs indemnisés sont des personnes qui ont achevé une mission d’intérim ou dont le CDD est terminé. Bref, c’est dans les rangs du précariat que se recrute la majorité des chômeurs. Double peine !

Il y a presque vingt ans, un jeune énarque et normalien, qui allait faire son chemin – de la direction de Canal à celle du Nouvel Obs, en passant par celle de la FNAC et aujourd’hui patron d’Europe 1 – publiait, dans la revue Le Débat, un article qui n’a rien perdu, hélas, de son actualité. Il portait un titre provocateur, « la préférence française pour le chômage ». Son auteur, Denis Olivennes , y expliquait que le chômage de masse qui frappe la France depuis le milieu des années 80 n’est pas le fruit d’une fatalité, mais d’un choix politique délibéré , quoique jamais assumé. Puissance publique, patronat et syndicats, approuvent secrètement la persistance d’un certain nombre de blocages malthusiens, qui sont à l’origine de la sclérose de notre marché du travail.

Lesquels ? Un marché du travail dual , tout d’abord, avec un terrible clivage, opposant les titulaires d’emplois bien protégés à la masse des précaires, qui rêvent de les rejoindre et doivent, en attendant, servir de variable d’ajustements. L’âge moyen du premier CDI est de 27 ans. Avant, on subit, dans notre beau pays, une sorte de pénible bizutage , qui vous interdit toute possibilité d’installation dans la vie. Comme les entreprises ont besoin de souplesse et qu’elles sont dans l’impossibilité de faire varier les temps d’emploi en fonction de l’état de leurs carnets de commande, elles embauchent et débauchent des intérimaires et des CDD, en fonction de leur niveau d’activité. Les principales victimes de ce système, qui ne cesse de prétendre à l’égalité et à la solidarité, pour mieux dissimuler l’injustice qui est faite à ses victimes , sont les jeunes. Un quart des moins de 25 ans à la recherche d’un emploi sont au chômage en France. Trois fois moins en Allemagne.

C’est bien sûr la faute de politiques qui semblent peu préoccupées de favoriser la création d’emplois marchands et préfèrent dissimuler le chômage derrière l’écran de fumée des petits boulots dans le secteur associatif ou les collectivités – toute la panoplie cache-misère des « emplois aidés ». Mais c’est aussi la conséquence d’un système de formation défectueux, puisqu’il laisse 20 % de chaque classe d’âge sortir du lycée sans le moindre diplôme, la moindre formation professionnelle , la moindre aptitude à occuper un emploi. Sans oublier le scandale d’une formation professionnelle qui absorbe 30 milliards d’euros, mais néglige sa tâche principale, qui devrait être d’aider les chômeurs à retrouver un emploi en les dotant des capacités que le chômage érode.

Une réforme du marché du travail est urgente . Elle comporterait, en particulier, l’unification du marché des contrats de travail – ce qu’aucun gouvernement n’a jamais osé mettre en place la mise en application de l’engagement européen d’offrir à tous les jeunes de l’Union, au plus tard quatre mois après leur départ du système scolaire, un emploi, ou à défaut, une place d’apprenti ou un stage de formation professionnelle enfin et surtout, une mise au niveau européen des charges pesant sur le travail, afin de cesser d’inciter les entreprises françaises à se passer de salariés. .. Faute de quoi, notre société est condamnée à rester « bloquée », comme l’avait diagnostiqué, en son temps, Michel Crozier…

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